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DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

19 Oct

LOUFOULAKARI, site touristique fantôme !

Publié par Berijc

Nul besoin de faire la démonstration que pour le gouvernement de Sassou il y a des secteurs qui sont moins importants que d’autres. Ceux-ci représentent très peu d’intérêt dans une logique prédatrice ou seuls les ministères ou on brase les centaines de millions de fr CFA sont porteurs d’estime et d’attention. Les ministères de l’environnement et du tourisme sont, on peut le dire sans exagération, des ministères de façades.

Ce sont deux ministères qui collectionnent années après années les plus bas budgets de fonctionnement. Et les résultats de leur activité sur le terrain sont largement en deçà des attentes des populations.

Plusieurs de nos confrères ainsi que nous-mêmes avions fait le constat criard sur la pollution marine et de la faune qui attaque quotidiennement l’écosystème des côtes maritimes à Pointe-Noire. Après les gesticulations gouvernementales promettant de tout mettre en œuvre pour corriger cette tendance dangereuse, force est de constater que la situation n’a guère évolué depuis. Elle progresserait même de façon inquiétante. Résignée, les populations de Pointe-Noire se savent plus à quel saint se vouer.

Un autre volet a troublé le bon sens de notre envoyé spécial à BRAZZA cet été, c’est le dénuement dans le lequel patauge les grands sites touristiques qui ont fait la fierté de notre beau pays : les gorges de DIOSSO, Les rapides, les cataractes… Celui de la LOUFOULAKARI est sans doute le lieu touristique qui porte les marques les plus évidentes d’un site abandonné.

Situé à l’embouchure de la rivière LOUFOULAKARI et le fleuve Congo, le site de la LOUFOULAKARI offrait jadis une destination touristique prestigieuse. Il offrait à ses visiteurs un paysage sublime né d’une sorte d’éclosion de la nature dans toute sa pureté. En on y retrouvait tous les éléments de la faune, flore, du leitmotiv du tourisme congolais. Cadre ensoleillé, généreux, eaux chaudes et limpides, richesses culturelles retraçant la vie quotidienne des populations de la région depuis des millénaires. Faut-il rappeler que c’est sur les rives de la LOUFOULAKARI que naquirent les légendes de BOUETA M'BONGO et Fulbert YOULOU (1) ?

Ce cadre majestueux et magnifique ne laisse personne indifférente. Ce paysage reflétant le bien-être et la quiétude dont le célèbre musicien congolais Youlou Mabiala a tant chanté la joie de vivre, la beauté verdoyante sauvage et irrésistible. Certains iront jusqu'à dire que c’est « le plus bel endroit que la terre ait jamais porté. » Malheureusement ce cadre mythique du tourisme congolais est aujourd’hui un site mort, fantôme. Ou plus exactement laissé à la perdition faute de choix touristique cohérent.

LOUFOULAKARI présente aujourd’hui un visage de désolation. Le site est déserté peu à peu par ses anciens habitants depuis la fin de la guerre civile de 1997-2000. Plus aucun touriste n’ose s’aventurer sur ces terres ou l’accessibilité pose un réel problème. C’est un site fantôme qui représente un cas extrême et particulièrement spectaculaire de friche touristique congolais.

Le spectacle qu’offre LOUFOULAKARI est, en effet, bien celui d’une friche: Plusieurs hectares de bâtisse en déshérence, où la végétation a repris ses droits. Les anciennes constructions présentent une allure piteuse: flancs éventrés, fenêtres cassées, stores arrachés et battus par le vent, toits envolés…

La baie de sable blanc recouvrant les rives de la LOUFOULAKARI ou les touristes adoraient se reposer les pieds dans l’eau observant au loin la ville de Kinshasa n’est aujourd’hui qu’un no man’s land. Aussi est-elle devenue le domaine exclusif des petits reptiles, rongeurs, crocodiles etc, qui y ont trouvé le site idéal pour nicher à l’écart des hommes.

Serait-il insensé de s’interroger si ce n’est pas un abandon prémédité par le gouvernement congolais en général et en particulier par le ministère du tourisme ? Comment peut-on penser développer un pays si on laisse disparaitre ces cadres idylliques de notre patrimoine touristique ?

En tout cas, il ne serait pas exagéré d’avancer qu’avec 7.000 milliards de budget pour 2014 que le gouvernement congolais soit handicapé pour débloquer ne fusse que 100 millions pour réhabiliter ce site. Ni encore la municipalisation accélérée de la région du Pool célébrée l’année dernière n’a suscité la moindre interpellation des autorités qui sont plus enclin à valoriser des projets pompeux embrassant des milliards de Fr CFA mais souvent au résultat très aléatoire. On a l’impression que tout est fait pour pérenniser l’abandon du site. Mais dans quel but, si c’est le cas ?

L’on nous parle d’un éventuel promoteur chino-congolais pour racheter le site afin d’y implanter des logements et un hôtel. Si cette information s’avère vrai, il serait judicieux de demander aux congolais de porter plainte contre le ministère du tourisme. Ce site est-il la propriété de l’Etat ou d’un particulier tombé en faillite ?

Dans tous les cas il est intolérable de laisser périr les vestiges de notre mémoire et de notre patrimoine touristique. La construction des logements ou d’un grand hôtel serait incompatible au domaine de la LOUFOULAKARI. C’est un site destiné au repos, à la visite des espaces naturels, à la détente…Transformé ce site en résidence serait inapproprié et en dénaturerait la beauté. C’est ce que nous pensons. Nous ne restons pas fermer sur une contradiction positive tant l’objectif serait la sauvegarde du site.

Par ailleurs nous émettons quelques inquiétudes. Faisant fi de la mauvaise volonté gouvernementale notamment en matière de revalorisation des sites touristiques congolais il ne serait pas étonnant que notre cri d’alarme soit une lettre morte.

Nous demandons donc à tous les congolais amoureux de la nature de se mobiliser pour protéger le site de la LOUFOULAKARI. Si le gouvernement n’en veut pas qu’il restitue le site aux congolais. Ou si son propriétaire ne sait quoi en faire, il est temps de penser le faire louer à ceux qui pourront lui rendre se lettre de noblesse.

Par contre, il est inacceptable de le prendre en otage de la mauvaise gestion de la politique touristique gouvernementale. Ce dernier est prêt à débourser des milliards pour garder les ossements d’un colon mais incapable de sauvegarder et de promouvoir ce cadre touristique pourtant prestigieux, dont les herbes folles et la broussaille témoignent de l’abandon du lieu.

Espérant que ce cri de colère sera entendu, gardons espoir de revivifier un jour ce site touristique majestueux.

Jean-Claude BERI

(1) Le caractère mystique du site, pour les adeptes de la religion traditionnelle, est lié à une première légende, issue d'un fait historique. C'est ici que Boueta M'bongo résistant Kongo fut tué, décapité par les colonisateurs (français). A partir de là, sa tête restée sur le bord de la rivière aurait creusé une "tombe" à proximité de l'eau. C'est ainsi que depuis trois "rivières" se rejoignent dans ces chutes, dont le bassin serait cette "tombe". Boueta M'bongo, de son vrai nom, Mi M'Pandzou, grand chef de la région, fut en effet capturé et décapité vers 1890 par les troupes d'Alfred Fourneau. Pour le reste, libre à chacun d'y croire...

L'autre personnage historique, plus contemporain, lié à ce site est Fulbert Youlou. Le futur premier président de la République du Congo aurait eu l'habitude de plonger dans l'eau profonde de la Loufoulakari et... de ressortir avec des vêtements secs !! Selon la légende, un caïman (non belliqueux) lui serait apparu un jour de baignade. L'animal deviendra ensuite l'emblème de son parti politique, l'UDDIA (Union de Défense Démocratique des Intérêts Africains).

Notons au passage les différentes écritures du nom de la rivière (et donc des chutes) : Foulakary, Foulakari, Loufoulakary ou Loufoulakari. Pour certains, ce terme est d'origine Téké, (premiers habitants du Pool, avant l'arrivée des Kongo venus d'Angola) tout comme les autres mots désignant les rivières de la région, comme Kinkala et Djoué.

Pour d'autres, le nom serait issu d'une phrase Kongo "YA FWUILA NKAADI", ou "YA FWUILA NKAARI ". En français, elle se traduirait par "lieu où s'arrête le commerce" (lieu qui symbolise la "mort" du commerce). La puissance de la rivière empêche de la traverser à pied, emprunter un pont de lianes expose à la perte des marchandises transportées... c'est donc la fin de la route commerciale !

Par ailleurs, les chutes constituent un obstacle infranchissable et mettent fin à l'éventuelle navigabilité du cours d'eau. Impossible de rejoindre le fleuve Congo, lui même fort agité dans cette région.

Sources :

Dictionnaire général du Congo-Brazzaville - Philippe Moukoko - 1999

Plaidoirie pour l'abbé Fulbert Youlou - L'harmattan - Rudy MBEMBA Dya-bô-BENAZO-MBANZULU - 2009.

http://www.afrique-pauvrete-avenir.org/article-les-origines-de-la-loufoulakari-68024605.html

LOUFOULAKARI, site touristique fantôme !
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