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DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

11 Dec

Quels défis pour le Congo-Brazzaville ?

Publié par Berijc

« Nous connaissons tous le mal congolais. Nous pouvons tous y mettre un nom, un visage ou une définition : la « clanisation » du pouvoir »

 


Le crédit consenti aux régimes dictatoriaux ne peut être pris pour une embellie de la démocratie. L’autorité ne s’acquiert plus par le peuple mais elle s’impose à lui faisant ainsi du pouvoir une force réprimande d’une démocratie de plus en plus sous contrôle. Légitimer ainsi un pouvoir devient un exercice fastidieux du déni des lois favorisant par la même occasion l’enlisement progressive de la démocratie. D’autant plus que si celle-ci est prise en tenaille par le contexte économique mondial morose. Le pouvoir aspirant à asseoir sa gouvernance par les abus étend ses tentacules aussi loin possibles pour instaurer une autorité qui place le peuple sous tutelle. Le règne du sentiment de domination et d’impuissance conjugué a une réalité, économique, environnementale, politique et sociétale difficile devient plus pesante, déprimante et plus complexe laissant ainsi très peu de chance au peuple de tenter une manœuvre salvatrice.


On trafique les élections, les populations sujettes à des crashs d’avions, à une pollution destructrice de l’écosystème, à une paupérisation condamnant de plus en plus les plus faibles les élites semblent s’en accommoder. Maintenus par une Chape de plomb qui les conduisent à enterrer prématurément toute revendication démocratique. Décrétant de surcroit sa mort dans un soupir d’agonie. Nous savons tous que lorsque les élites cessent de se battre, la nation se meurt. Car le renouvellement d’idées s’estompe. Le règne du pouvoir absolu s’installant, le déclin de la démocratie congolaise est prévisible si l’absence d’un réveil des consciences perdure. C’est ce dessein qui s’écrit en lettre tachée de vol et impunité au Congo-Brazzaville.


D’aucuns diront que vain est l’effort de devoir se battre devant un pouvoir ayant suffisamment de moyens pour envoyer la plus part d’entre nous dans les méandres du silence. Le fait, qu’il y ait tant de pessimistes est une bonne raison d’être optimiste. Doit-on laisser mourir notre démocratie sans réagir ? Accepterions-nous continuellement que le clan SASSOU devienne le visage achevé d’un mode de gestion des affaires du pays, caractérisé par la personnalisation hypertrophiée du pouvoir et, par-dessus tout, l’érection au cœur de l’ Etat d’un système de prédation disséminé dans les dédales volontairement informels et nébuleux de multiples scandales politico-financiers ?

 


En moins d’un mois les deux grandes capitales du pays sont plongées dans l’horreur des inondations causant une trentaine de morts. Au delà du phénomène naturel propre à notre région équatoriale nécessitant une pluviométrie abondante, serait-il compréhensible que des quartiers entiers soient asphyxiés par le refoulement des eaux ? N’Y aurait-il pas là une responsabilité des maires faillibles aux attentes populaires, urgentes et légitimes des populations ?

Est-il concevable que tous les ans ou deux ans que la sécurité des populations et des biens soit gravement exposés par des avions douteux ne disposant d’aucune assurance ? Est-il responsable d’avoir attendu deux mois pour réagir face une pollution sévissant sur les côtes de Pointe-Noire ?


Comment répondre à toutes ces interrogations sans interpeller la couche la plus délaissée de notre société. Une couche privée de tout mais pourtant possédant toutes les énergies capables de relever le défi d’une vraie refondation politique. L’échec des grands partis politiques signifierait-il également celui de courage et de la dignité d’une jeunesse aux fortes aspirations ?

La confiance et le volontarisme des jeunes est la clé de la réussite d’une refondation politique. A l'heure où les ingrédients d’une grave crise politique majeure sont réunis dans notre pays, l'engagement citoyen ainsi que l'intégrité et la confiance des jeunes sont nécessaires pour lutter contre la dérive démocratique favorisant la montée des extrémistes claniques.


Ci-dessous, le discours à la jeunesse de Pierre Mendès-France prononcé le 22 décembre 1955 :


"La jeunesse est impatiente et sévère dans ses jugements, probablement plus en France qu’ailleurs, certainement aujourd’hui plus qu’avant. Ce n’est pas moi qui vous en blâmerais, vous les jeunes, car vous avez de fortes raisons d’être inquiets, d’être critiques. Je n’ignore pas ces raisons. Mais je sais aussi qu’il dépend de vous que votre critique demeure vaine et votre impatience stérile, ou qu’elles soient, l’une et l’autre, et dès maintenant, des ferments d’énergie et d’action ; On dit souvent selon une formule un peu banale, mais vraie, que vous êtes le sang nouveau qui peut revivifier la nation. Si, demain, les responsabilités doivent vous incomber, il n’est pas trop tôt pour en assumer d’ores et déjà une part, et plus importante que vous ne croyez - mais il faut le faire très vite. Sinon, un jour, vous trouverez écrasante la charge des hypothèques que vous aurez laissé accumuler sur vous

Cela arriverait immanquablement, si vous permettiez que se gaspille et se perde la force vive dont vous disposez, si, prenant prétexte de ce que l’État vous ignore ou vous néglige souvent, vous vous détourniez de la chose publique, si vous vous désintéressiez de la conduite des affaires de ce pays, c’est-à-dire du foyer où vous passerez votre vie entière, et où vous serez demain heureux ou malheureux. Aussi, vous ne pouvez pas vous borner à répéter : " A quoi bon ? ". Vous devez vous employer dès maintenant à faire changer ce qui doit être changé. (...)

L’efficacité du régime républicain, du régime de liberté, ses chances de survie et de prospérité dépendent donc des liens qu’il saura créer entre la jeunesse et lui. Si notre République ne sait pas capter, canaliser, absorber les ambitions et les espoirs de la jeunesse, elle périclitera, elle perdra de plus en plus son sens et sa justification, elle se dissoudra ; mais si elle sait s’y adapter, si elle est capable de comprendre l’espérance des filles et des garçons de France, d’épouser cette espérance, de la servir dans chacune de ses décisions, alors elle n’aura rien à craindre des aventuriers, des démagogues, des extrémistes, car elle sera toujours plus forte et plus vivante, portée par sa jeunesse, ardemment défendue, et chaque jour renouvelée par elle. (...)

Mais cela ne suffit pas. Jeunes hommes et jeunes femmes de France, vous devez intervenir et agir par vous-mêmes. Organisez-vous, groupez-vous, pour faire entendre votre voix, participez aux mouvements de jeunesse, animez-les, poussez-les à exercer sur les pouvoirs publics une pression continue, afin de faire triompher les décisions que dicte le sens de l’intérêt collectif ! Et ce n’est pas tout encore. N’hésitez pas à prendre part à la vie politique, qui sans votre inspiration risquera toujours de retomber dans les vieilles ornières Ayez constamment présente à l’esprit la relation étroite et quotidienne qui existe, et qui maintenant existera de plus en plus, entre vos préoccupations, vos soucis, vos besoins, et l’action d’un grand État, qui, après tant d’épreuves, veut se refaire, veut se redresser. Comprenez le rôle que vous pouvez jouer, la contribution dans la marche en avant que vous pourrez apporter. Décidez dès aujourd’hui de peser de toutes vos forces sur la destinée nationale, préparez de vos propres mains l’avenir plus heureux et plus juste auquel vous avez droit. Soyez enfin, au sens le plus riche de ce mot, des citoyens !"

Que dire de plus percutant que ce message livré il y a 57 ans à la jeunesse française !


Nous connaissons tous le mal congolais. Nous pouvons tous y mettre un nom, un visage ou une définition : la « clanisation » du pouvoir. Il s’agit de lutter contre ce fléau sorti des eaux troubles d’Alima et qui sème la désolation et le désespoir. Partout ou il sévit plus rien ne résiste : de  la dilapidation à la corruption,  du  vol en bande organisé à  la destruction du tissu social.... Les signes d’un effondrement  de l’ensemble des secteurs productifs du pays sont réunis. C’est pourquoi il faut opposer une vraie résistance si nous voulons que le Congo redevienne un symbole d’espoir.

Tout le problème est dans l’intégration de ce qui doit être fait. Cela exige le courage d’accepter l’adversité, l’inconnu. Il vous appartient (jeunesse congolaise) de relever ou non le défi qui s’impose vous. La prudence et la mesure sont à la fois nécessaires et compréhensibles. Cependant, il s’agit de votre destin. S’engager pour donner un sens vivant et probant à la restauration d’une vraie démocratie n’est point une sinécure.

L’enjeu et le défi restent la volonté de couper le cordon clanique qui vous pervertit et obstrue votre logique. Beaucoup d’entre vous ont déjà franchi le pas renonçant à soutenir l’insoutenable en s’orientant vers l’exemple de la vertu, la sobriété, l’unité et le développement égalitaire.

Le peuple congolais a besoin des ressources du pays pour des solutions concrètes et correctes aux nombreux défis qui l’assaillent : chômage des jeunes s’accumulant d’année en année, vie chère asphyxiant les ménages des foyers , inondations récurrentes favorisant aujourd’hui des « sans abri congolais », coupures persistantes d’électricité et d’eau réduisant au strict minimum le niveau de vie, souveraineté alimentaire inexistante augmentant les prix des denrées, administration performante, école publique quasiment inexistant , santé et service public de mauvaise qualité , services sociaux de base à inventer pour rapprocher les citoyens , financement du développement, etc. Tels sont les défis pour lesquels vous devez vous battre. Rien ne vous sera octroyé gratuitement. Le salut ne viendra que du prix que chaque congolais est disposé à payer.


Jean-Claude BERI : contact@dac-presse.com

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