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DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

24 Oct

Quelles leçons tirées de la mort de KADHAFI ?

Publié par Berijc

" Ôtez la vie d'un homme d'état, dictateur ou pas  reste un échec démocratique. "  JCB

 

Pendant que le monde occidental jubile sur la mort de l'ancien Président libyen, les africains doivent se poser une multitude d'interrogations sur la manière  dont cette chute précipitée, décidée, organisée par ceux-là même qui aujourd'hui maintiennent d'autres dictateurs africains en place. Pour les médias occidentaux, c'est une dictature de quarante deux ans qui s'est disloquée. Une page est tournée à Syrte de la pire des scénarios qui soit tolérées : ôtez la vie d'un homme d'état,  dictateur ou pas,   reste un échec démocratique. De quelle démocratie souhaitions-nous  en Afrique ? De celle qui nous est imposée par le monde des affaires, des multinationales, des banques, des politiciens véreux qui décident à notre place ou et quand il serait temps de changer le cours de l'évolution de nos pays ? En tant qu'Africains, on se regardant  droit dans les yeux, sommes-nous fiers de la manière dont les occidentaux ont décidé d'écourter la présidence  de Laurent Gbagbo hier (destitué avec l'appui de l'armée française)  et aujourd'hui,  cette même armée " ...française à la demande de l'OTAN stoppe " de façon radicale  le convoi au sein duquel se trouvait KADHAFI ? Pourquoi notre démocratie, a nous africains,  doit-elle s'écrire toujours avec des mains ensanglantées et celle de l'occident avec des gants en velours ? Pour Human Right Watch   la mort de KADHAFI - s'il était confirmé qu'il a été exécuté - doit-être qualifié de " crime de guerre ".

Qu'a-t-on célébré ce jeudi 20 Octobre 2011 dans la plus part des ambassades occidentales ?  Es-c'est la fin d'une dictature ? La libération d'un peuple assujetti? L'avènement d'une nouvelle démocratie ? Ou tout simplement la mise en échec total d'une politique  qui dérangeait tant le monde occidental ? Pour nous,  africains, la mort du Colonel KADHAFI devrait susciter plus d'interrogations qu'elle n'en susciterait une grande vague de liesse populaire. Comme le déclarait par ''prémonition'', ce 11 mai 2011, le président  Jacob Zuma "  des bombardements ont eu lieu en Libye alors que nous avons les moyens pacifiques  de régler le conflit. Les puissants ont dit de manière arbitraire : " nous devons imposer la paix " " (1)
On nous parle d'une " nouvelle page qui s'ouvre pour les africains et le peuple libyens ".  N'avons-nous pas  déjà entendu ces mêmes propos de la bouche de ceux là qui s'érigent aujourd'hui en donneur de leçon. Sommes-nous pas  là entrain d'avaler  de nouveau de force cette  pieuvre nauséabond du célèbre et désormais historique discours de La Baule de 1990. On nous annonce que la Lybie va entrer dans une époque démocratique. Cette même démocratie falsifiée et complètement tronquée qu'on proposa aux africains en retour d'une aide au développement dont les résultats aujourd'hui accréditent encore plus une domination occidentale dans la plus part des pays africains.

Pendant que les médias occidentaux gavent le monde avec des messages de liesse maquillée d'une course effrénée  en coulisse pour l'acquisition des grands marchés que suscite ce chantier très convoité, personne n'ose aborder le sort des étudiants libyens aujourd'hui dépourvus de bourse et menacés d'expulsion dans les universités américaines (2) "  Privés de subsides par Tripoli , les jeunes libyens inscrits dans une université américaine pourraient être obligés d'arrêter leur études. Ils deviendraient des clandestins ". Peut-on être certains d'avancer sans risque de se faire encore manipulé qu' " assassiné " un homme d'état, dictateur soit-il, permet de faire avancer la démocratie en Afrique ? Répondre à cette interrogation apporterait un peu plus de clarté dans le jeu politique qui se trame actuellement. 
La constance dans la défense de leurs  intérêts est un des objectifs immuables du monde occidental. Perdre cela de vue,  c'est  oublier que jamais l'occident  ne renoncerait à ses chasses gardées sur le continent.  Seules les circonstances et les contextes changent mais la démarche prédatrice reste la même depuis la nuit des temps.
Hier,  ces mêmes hommes, traités de dictateurs, sanguinaires, pilleurs  étaient adoubés, acclamés et l'on se précipitait de faire savoir au monde qu'en était des amis et partenaires. Le respect qu'on leur devait n'avait d'égal que la longueur des tapis rouge qu'on étalait sur leur passage dans les grandes capitales européennes. Aujourd'hui c'est a coup de bombes réfractaires, des pilonnages incessants,  d'humiliation devant les écrans de télévision du monde entier que leur déchéance est exhibée comme des trophées d'une chasse au tigre. Peut-on parler de démocratie lorsqu'on privilégie  l'humiliation, les traitements qualifiés d'inhumains aux anciens dictateurs ? Ou est le sens de la vérité là-dedans ? Ou est  le sens de l'humanisme si nous agissions comme ceux que nous condamnons ? Sommes-nous fiers d'avons pu observer sur nos écrans la déchéance de Laurent Gbagbo ou de KADAHFI ?

Rappelez-vous  du discours de Monsieur Sarkozy sur la Rupture, une grande ambition pour une Afrique nouvelle. Beaucoup attendaient de lui ce changement radical dans la diplomatie africaine de l'Elysée, qui devait permettre l'amorce d'une démocratie véritable assortie de l'amélioration effective des conditions socio-économiques sur le continent, la partie francophone en particulier. Quelle belle escroquerie politique. La rupture attendue n'eut jamais lieu. Pire encore, c'est le contraire qui s'inscrit aujourd'hui dans le continent africain.  Au bonheur  des intérêts de la France, Monsieur Sarkozy  soutient les dictatures et les régimes complètement désavoués, usés, bannis, vomis  qui président depuis plus d'une vingtaine d'années sur le continent en général et en Afrique centrale en particulier. La plupart de ces gouvernants ont très bien compris que pour avoir la paix, la tranquillité et la garantie de rester longtemps au pouvoir, le mieux à faire c'est  d'être dans les bonnes grâces des mentors occidentaux. Mais l'histoire nous apprend,  très  souvent a nos dépends qu'on ne remplace pas une dictature par une autre.

A qui le prochain tour ?

''Servez votre peuple et peut-être vous mourriez dignement''

 

C'est peut-être là l'erreur de KADHAFI, de vouloir trop  aimer les libyens pour eux et pour leur avenir mais certainement pas pour ouvrir les vannes aux appétits insatiables des grandes firmes occidentales. A vouloir trop se déclarer indépendant et capable d'assumer l'avenir de son pays sans une contrainte occidentale lui a été fatal. Même les milliards d'achats d'armes consentis aux firmes européennes ne lui ont pas sauvé la vie. Son sort était scellé. ''Les grands de ce monde'' ont avait ainsi décidés.

Le Colonel KADHAFI n'était certainement pas un enfant de cœur. Il ne s'est pas accroché au pouvoir durant 42 ans en ne semant que des orchidées de bonheur dans les cœurs des libyens. Des erreurs, des excès et confiscations  de pouvoir, sont à mettre à son crédit. De même qu'on gardera aussi en mémoire son côté fou sanguinaire. Pourtant, il ne serait pas juste de ne pas reconnaître que pendant des années, il a véhiculé une image positive dans les pays en voie de développement car il était la voix des sans voix. C'était l'un des chantres incontestés du panafricanisme.


MOBUTU (  Zaîre)

De même, pourquoi cette communauté internationale  laisse t-elle  perdurer au pouvoir d'autres dictateurs d'Afrique centrale  plus sanguinaires, plus mégalomanes, plus  pilleurs, plus destructeurs ?  Pour certains,  faire cet amalgame relève du parcours labyrinthique. Nous dira t -on que les situations ne sont pas les mêmes.  En quoi, alors,  la souffrance du peuple camerounais dont  le président Pau BIYA vient d'être reconduit  à 79 % pour la nième fois est-il moins importante de celle du peuple libyens? Pour le président SASSOU, dont lui et son entourage sont plongés dans les scandales plus abominables qu'ils soient,  est-il protégé dans sa tour d'Ivoire de Mpila  en continuant tranquillement à affamer son peuple ? Nous dirons,  tout simplement, à ces dictateurs déguisés en présidents (WADE, SASSOU- NGUESSO, IDRIS, DEBY, DOS SANTOS ....) qu'il temps de vous reformer et de céder le pouvoir avant que le vent ne souffle dans le sens inverse. Le monde occident ne se gênera pas de pousser votre peuple à vous haïr, vous vilipender, vous massacrer a coups de pierre et traîner vos corps dénudés sur la place publique et aux yeux du monde entier lorsqu'il jugera le moment propice. Mais votre peuple peut toujours vous défendre, vous protéger si vous travaillez pour les intérêts de vos concitoyens. Votre salut dépend de votre respect et votre dévouement envers votre peuple. Servez votre peuple et peut-être vous mourriez dignement. Souvenez-vous comment AHIDJO et MOBUTU ont été lâchement abandonné et aujourd'hui mort et enterré loin des terres de leur ancêtres.

 

AHIDJO (Cameroun)

Nous le saurons  dans les jours et mois à venir si ces cris de liesse et ces danses de triomphalisme feront naître une nouvelle Libye libérée et démocratique. Que le CNT aura réussi son pari d'unifier les diversités qui sont autant des possibilités de réussite comme de destruction. L'inquiétude politique et sociale qui monte chaque jour au sein de ces communautés multiformes sera demain la grande question de l'avenir libyen. Comme elle l'est pour l'Afrique qui se laisse manipuler et dicter des conduites parfois contre ses ambitions et ses aspirations pour un réel développement de son continent.

 

 

 

JC BERI (www.dac-presse.com)

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(1) Jeune Afrique N° 2649 : du 16 au 22 Octobre 2011
(2) The New-York time  - extrait de New-times de Denver  dans le courrier international N°1073 du 26 au 31 mai 2011

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