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DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

15 Nov

Partir pour ne plus subir ou rester pour être humilié ?

Publié par Berijc

Ce dilemme qui parait anecdotique, si l’on considère la croissance d’un pays comme le Congo-Brazzaville présentant  tant de signes positifs,  est une contradiction sociétale dont les milliers des jeunes congolais paient aujourd’hui le plus fort prix.


Tous les jours les médias pro-gouvernementales diffusent de façon répétitive des annonces sur la création d’emploi, la prise en charge du chômage des jeunes, la lutte contre l’embauche discriminatoire  etc.   Rien de bien concret ne se pointe  à l’horizon depuis le fameux discours à l’occasion  du cinquantenaire de l’indépendance de Monsieur SASSOU NGEUSSO. Les mois et les années passent, la jeunesse congolaise reste le dernier maillon  de la chaîne de privation des droits à l’emploi, à l’espérance, à l’ambition d’entreprendre, au rêve de construire demain un avenir  meilleur. Étudiants, diplômés, ouvriers,  veulent quitter le pays tout prix. Ce ne sont plus seulement les militants engagés dans l’action politique qui caressent ce souhait de partir mais aujourd’hui on y trouve également des cadres dont l’avenir  professionnel et personnel  s’obscurcit. Tous se posent la même question : Partir pour ne plus subir ou rester pour être humilié ?


Au-delà de toute la politique sociale qui est totalement faillible face la crise de l’emploi et au mal être de la jeunesse congolaise, il est porté à notre connaissance l’existence d’une orchestration politique érigée en cabinet noir chargé de promouvoir l’embauche des jeunes selon des critères qui restent totalement floues. Plusieurs appels d’offres d’emplois émises par les ministères sont marqués au sceau de la tromperie, du conflit d’intérêt, du jeu de la cooptation. Les candidats  qui postulent ne sont, pour la plus part,  jamais sélectionnés. Il se trouve que les postes sont généralement  pourvus par des membres du clan, des amis ou parents des ministres sous des conditions totalement douteuses. Sous le règne de SASSOU, on n’embauche pas qui l’on veut mais celui a qui le poste est réservé pour avoir été génétiquement ou socialement issu  d’un castre bien défini. Ou encore pour être un serviteur sans âme d’un groupe qui détient la quasi-totalité des leviers de l’emploi. Ainsi donc, on ne travaille plus pour faire avancer le pays dans le chemin du développement mais bien pour  honorer et veiller à la survie d’un pouvoir. C’est pourquoi il n’est pas étonnant de voir ce fils d’un dignitaire du pays n’ayant jamais travaillé de sa vie se retrouve bombardé chef d’entreprise contrôlant une partie des chantiers de rénovation des édifices publiques. Comme cette autre fille du chef de l’état  directrice du tourisme embauchant à sa guise et surtout sous des critères anti excellence  des collaborat(rices) eurs aux frais du ministère du tourisme. Nous n’allons pas nous étendre sur ces cas qui pullulent dans toute la société congolaise et qui sont presque devenus des phénomènes de modes encouragés par un gouvernement englué dans les affaires et la corruption.

Ce qui devient dramatique et inquiétant c’est le nombre des demandeurs de visas de sorties dans les ambassades européennes et américaines qui a atteint des chiffres exorbitants. «  On ne sait pourquoi tous ces jeunes veulent quitter le Congo mais il ne fait aucun doute le nombre nous interpelle. Malheureusement nous ne pouvons pas  accéder à toutes ces demandes… » Un employé de l’ambassade de France au Congo-Brazzaville. «  Nous ne sommes pas engagés en politique, mais la situation est devenue trop difficile et surtout triste. On ne voit pas d’avenir ici, il faut partir... » (Fabrice, un jeune venant d’être débouté de sa demande de visa)

Pourquoi veulent-ils partir ?

Ce qui saute aux yeux lorsqu’on interroge ces jeunes, ils dénoncent tous l’absence de méritocratie. C'est-à-dire pas d’embauche ou d’ascension professionnelle sans une soumission au clan gouvernant. On n’est pas embauché parce qu’on a des compétences mais parce qu’on devrait servir une tierce personne. C’est en opposition à notre désir de développement professionnel et personnel. Ces jeunes aspirent vivre dans une société ou le travail sera récompensé par la compétence et dans un environnement moins policier et soupçonneux  pour ouvrir leur  intelligence vers les défis du développement. Ils accusent le gouvernement non seulement de ne pas créer des emplois mais de créer une atmosphère sociale déprimante. Travail inexistant, logement difficile et surtout inaccessible pour un étudiant ou jeune cadre, accès à Internet  très difficile créant une grande frustration des jeunes congolais à l’égard d’autres jeunes d’Afrique du même niveau économique que leur pays, l’opulence affichée des membres du gouvernement favorisant ainsi l’accès au plaisir des objets  modernes  de leurs enfants en accentuant la frustration de la majorité des jeunes congolais. Comment peut-on expliquer aux congolais que des  personnes  n’ayant ni héritées, ni travaillées, ni remportées un quelconque jeu de loterie puissent prévaloir détenir des comptes de plusieurs millions de francs CFA sans avoir pourtant dépassées l’âge de 25 ans ?  Ces prouesses sociale et économique suscitent beaucoup de suspicions qui tendent à croire que les biens et l’avenir de  certains jeunes sont hypothéqués au profit d’autres par une gymnastique d’octroi de privilèges qui affaiblissent l’unité de la jeunesse.

Le Congo doit  impérativement  réorienter  ses  programmes spécifiques en faveur des jeunes. Les politiques mises en place pour  l’emploi ne tiennent pas compte des besoins particuliers des jeunes.  C’est ce qui explique que le chômage au Congo est un ensemble complexe de facteurs, notamment la stagnation ou la morosité d’économies qui ne croissent pas assez rapidement pour produire suffisamment d’emplois pour une population en hausse. “Une croissance sans emploi relève d’une mauvaise politique, non seulement sur le plan social, mais également sur le plan économique, affirme le Directeur général de l’OIT, Juan Somavia. Car cela affaiblit la consommation, intensifie les migrations….”

Abolir les privilèges

On ne le dira jamais assez que la richesse du pays doit servir avant tout au bien-être de ses citoyens. En premier lieu,  les jeunes qui sont le socle de l’avenir d’un état. Pour cela, il ne doit pas exister deux catégories de jeunes dans le processus de la recherche et de l’obtention d’un emploi. Les mesures qui doivent régir tous demandeurs d’emploi doivent être les mêmes dans les faits. Les textes sont pourtant bien clair là-dessus. « Il n’y a pas une catégorie de congolais qui serait au dessus des autres ». Les situations de privilèges totalement rendus omniprésentes dans notre société régressent la volonté d’unir tous les congolais.  Il est indécent, immoral et injuste de priver,  par exemple,  un chef d’entreprise dont le dossier ne présentait pourtant  pas d’éléments justifiant le refus d’acquisition d’un marché sur la réfection et la rénovation des canaux d’évacuation d’eau de pluies de l’arrondissement 4 Moungali sans aucune explication. Curieusement,  ce même chantier fut  octroyé à un fils de dignitaire qui de surcroît et sans gêne vient  louer le matériel BTP  au chef d’entreprise désavoué. C’est une histoire à dormir debout. C’est ce qu’appelle la politique de la pyramide inversée.  La perte de ce chantier a généré le chômage technique de 167 jeunes congolais  au profit des jeunes de la RDC embauchés au rabais par notre dignitaire de fils. Ces cas sont multiples et sont en augmentation fragilisant du même coup les entreprises congolaises  méritantes. Notre tissu social et économique est entrain d’être prostitué sur l’autel des appétits dévorateurs de ces  « faux entrepreneurs » dont le nombre des chantiers inachevés laisse dubitatif les congolais et incompréhensible le manque de sanction de la part  du gouvernement congolais. Ce dernier étant lui-même passé maître dans l’art de détourner les fonds publics, étale une richesse insolente et usurpé des congolais ne peut sévir contre les fautes  qu’il s’est fixé comme des priorités. La corruption étant un sport au Congo dont le résultat  s’observe en nombres de villas, voitures, bateaux, boites de nuits…  que les ministres exhibent à Brazzaville. Ce n’est certainement pas  à eux qu’il faut réclamer l’abolition des privilèges. L’on se demande d’ailleurs à quoi ils servent ? La solution viendra du courage du peuple congolais de sauver son avenir avant que le Congo ne replonge dans une crise indescriptible.

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