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DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

28 Mar

Non à l'instrumentalisation politique de l'ethnie !

Publié par Berijc


De toutes les causes qui entravent le développement de notre pays, l'instrumentalisation politique de l'ethnie en est la principale, car c’est d’elle que découle, pour l’essentiel, les antivaleurs qui le minent aujourd’hui (favoritisme, corruption, laxisme, violence politique, etc.). Après les évènements dramatiques de ces dix dernières années qui ont de nouveau  (après les toutes premières de 1959) exalté nos instincts les plus grégaires (soif de vengeance ethnique, opposition Nord/Sud, etc.), nous  faisant perdre du coup une certaine part de notre humanité, il me semble aujourd’hui impérieux de récuser toutes les velléités  tendant à instrumentaliser de nouveau politiquement les ethnies dans notre pays. viequoti.jpg

En effet, contrairement aux approches « ethniques ou tribales » que proposent certains politiciens congolais et leurs suppôts, au nom  prétendument de la recherche d’un modèle sociopolitique sui generis, ma conviction profonde est que l'ethnie ne doit en aucun cas être mobilisée à des fins politiques.
Le débat politique doit impérativement, me semble-t-il, tendre à devenir un réel débat d'idées, bien que cela soit encore difficile dans le contexte congolais actuel, faute d’esprits éclairés susceptibles de transcender la « pensée populaire » et de servir de repères.

Pour  ma part, l'ethnie doit uniquement demeurer un support de nos différenciations linguistiques, sociologiques et culturelles. Les sophismes du type " majorité ethnique égale majorité démocratique " doivent être une fois pour toute récusés, en raison de leurs conséquences sociopolitiques indéniablement bellicistes (Cf. le cas récent du Rwanda). Ils doivent l'être aussi dans la mesure ou ils remettent en cause non seulement le principe même de l'alternance, en faisant de la démographie la variable de régulation de la vie politique, en lieu et place du débat d'idées contradictoire, mais aussi et surtout parce qu'ils ne peuvent que vicier le principe même de démocratie. L'adhésion à un parti politique doit se faire sur la base d'une communauté de convictions politiques et non sur la proximité ethnique ou tribale. La prise en compte nécessaire dans le débat politique congolais de nos communautés linguistiques sociologiques et culturelles que sont les ethnies ne doit se faire qu'à travers une véritable politique de décentralisation. Toutefois, dans le cadre de cette décentralisation « positive » que j’appelle de mes vœux (et qui est à distinguer d’une décentralisation qui se ferait sur des bases ethniques ou tribales), l'accent doit être mis sur la prise en compte réelle de l'espace local en tant que lieu d'une mixité nécessaire et salutaire, et de l'acteur local en tant qu'habitant de ce lieu (indépendamment de son origine ethnique ou tribale) et non sur celle de l'autochtone au sens tribal ou ethnique.  Le fédéralisme ou la décentralisation effective que certains appellent également de leurs vœux ne peut être utile à la construction de notre nation qu'à cette unique condition. Toute connotation tribale ou ethnique, ayant pour but la prise en compte soi-disant nécessaire de l’hostilité viscérale de telle ou telle ethnie à l’égard d’une autre, ou de la volonté indéfectible supposée de telle ou telle ethnie à se prendre en charge elle-même, ne peut que vider ces nobles idéaux de leur finalité positive. À titre illustratif, le fédéralisme positif serait (si tel pouvait être demain la volonté démocratiquement exprimée par tous les Congolais et non par quelques « démiurges ou thaumaturges ») celui dont les contours des Etats-Nations constitutifs de l’État fédéral n’épouseraient pas ceux de nos différentes ethnies.

Afin de favoriser justement la mixité sociologique, porteuse d’une citoyenneté congolaise débarrassée des affres de l’ethnisme, des nouveaux découpages obéissant plus à des stratégies de développement local qu’à la satisfaction de nos instincts grégaires (haine de l’autre, supposé différent)  devraient être envisagés.

L’ethnisme en tant qu’idéologie fasciste basée sur l’instrumentalisation politique de l’ethnie et la propagation de la haine de l’autre, entendu ici celui qui appartient à une autre ethnie, doit être distingué de l’amour légitime que chacun de nous peut avoir pour son ethnie en tant que support de son identité linguistique, sociologique ou culturelle, mais aussi et surtout comme moyen de dialogue et d’échange avec l’autre. villagescenevie.jpg

Il convient par ailleurs que chacun de nous réalise une fois pour toute que la souffrance sociale protéiforme qui mine chaque jour aujourd'hui la survie de notre communauté nationale et au nom de laquelle quelques « apprentis sorciers » convoquent dans le débat politique l’ethnie, frappe indistinctement les Congolais du Nord, du Sud, de l’Ouest et de l’Est. Il faut en finir avec l’escroquerie intellectuelle et les amalgames qui voudraient que l’on considère systématiquement aujourd’hui tous les Congolais du Nord comme étant des nantis, et tous ceux du Sud (pour ne parler que de ceux-là, vu qu’ici la géographie politique congolaise ignore l’Ouest et l’Est) comme étant des exclus. La vérité doit nous obliger à reconnaître que la gestion d’un pouvoir politique (en démocratie, comme en dictature) demeure avant tout une affaire de clientèle, d’amitiés et d’alliances de toutes natures transcendants les clivages ethniques ou tribales. On ne peut raisonnablement affirmer qu’une ethnie est au pouvoir au seul motif que le Chef de l’État et une partie de ses ministres et conseillers en soient issus! Aussi, les Kouyous n’ont jamais été tous au pouvoir au seul motif que Marien Ngouabi l’ait été, de même les Kongos n’ont jamais été tous au pouvoir du fait que Youlou et  Milongo l’ont été, tout comme les Nzembis  au motif que Lissouba l’ait été ! Pour ne citer que ces trois groupes ethniques. La même vérité doit aussi nous obliger à reconnaître qu’il n’y a jamais eu, quelles que soient les alternances, ni des routes bien faites, ni d’hôpitaux modernes, ni de réseaux électriques ou d’eau, ni de guichets de paiement réguliers de salaires, bourses et retraites, ni d’écoles et universités modernes…etc., pour l’usage exclusif des seuls ressortissants de l’ethnie soi-disant tenante du pouvoir. La vérité est que tous les congolais souffrent des mêmes maux, hormis une minorité des réels détenteurs du pouvoir politique qui dans la réalité ont toujours appartenu à des clientèles politiques regroupant en leur sein la plupart des ethnies du Congo, quelque soient les alternances…

Par ailleurs, plusieurs limites peuvent également être opposées à ce mode de raisonnement. La première est celle relative à la pertinence même de l’échelle d’analyse. L’ethnie ou la Région ?  Si l’on retient l’échelle ethnique, il convient de noter d’emblée qu’il est faux de postuler l’existence d’une homogénéité au sein d’une ethnie, car toute ethnie est, elle-même aussi sujette à une certaine hétérogénéité (lignages, clans, axes routiers, etc.).  Penser que le simple fait d’octroyer le pouvoir à une ethnie suffirait à régler de manière consensuelle les problèmes de gouvernance  même au sein d’une ethnie est une pure vue de l’esprit. De même, leur nombre (soit plus d’une quarantaine) dans notre pays limite le caractère opérationnel d’une telle proposition.

De même, si l’on opte pour le découpage régional, les choses ne sont pas non plus simples, comme on veut bien le faire croire.  Quelques exemples suffisent pour le comprendre : la crise de leadership au sein du Pool entre Kolelas et Milongo au cours de l’élection présidentiel de 1992, les dissensions au sein des leaders de la Bouenza entre les Kambas et les Bembes sous le règne de Lissouba, pour ne citer que ces deux exemples.

Il convient donc pour chacun de nous de prendre un peu congé du discours ambiant et des faits divers pour considérer en leur fond les problèmes de notre pays, dont l’événementiel et la pensée unique et inique de nos politiciens et pseudo-intellectuels continuent à nous voiler la réalité et la complexité, distrayant ainsi notre indispensable réflexion sur leur véritable nature.

L'enjeu aujourd'hui est de susciter l'émergence de la citoyenneté et non de promouvoir le repli identitaire aux relents xénophobes et sectaires. Cette tâche incombe aussi bien à l’intellectuel conséquent, à l’homme politique responsable, qu’à toutes les forces de progrès de notre pays.

Puisse cette modeste réflexion inspirer nos apprentis sorciers.


Jean-Chrios MOUKALA  ( source Mwinda press)
Membre du Réseau Congo 21 (cf. : Pour une approche endogène du développement au Congo-Brazzaville; des hommes et des institutions. Ed. L'Harmattan, Mars 2009).

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