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DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

14 Jun

LA MODERNISATION DE L’ENTREPRISE CONGOLAISE EST-ELLE POSSIBLE AVEC LE REGIME DE SASSOU ?

Publié par Berijc

« Depuis le discours d’investiture de SASSOU NGUESSO, le 14 aout 2009, le mot « modernisation »  a été placé au rang de slogan. On se croirait à l’époque du monopartisme. Des ministres aux dirigeants du camp présidentiel, en passant par les députés et sénateurs, il est sur toutes les lèvres…» (dixit Fulbert Ibara). (1)

On ne peut pas dire que tous ceux qui emploient le mot « moderniser », ignorent sa sémantique. Si  F. Ibara se pose deux questions, à savoir : Sur quelles entreprises congolaises peut-on miser pour assurer cette fonction ? Existe-t-il, à l’heure actuelle, d’entrepreneurs congolais crédibles et ambitieux capables  de relever le défi de la modernisation du Congo ? A ces deux questions, l’orateur répond par la négative. Nous approuvons la forme et le fond de cet article cité ci-dessus et il serait hors propos de disculper les limites de l’esprit créatif ou managérial  des Congolais.

Somme toute, n’aurait-il pas été préalablement, intellectuellement  souhaitable de se demander comment SASSOU NGUESSO et son gouvernement entendent-ils moderniser l’Etat?  La deuxième question fondamentale est de savoir quelles sont les attentes des Congolais vis-à vis des administrations étatiques qui doivent se moderniser?

 

La nécessité de moderniser L'Etat Congolais

Ainsi, dans le cadre de la réforme de l’Etat qui a pour but d’améliorer le service rendu aux usagers tout en maîtrisant les coûts, il s’agit de permettre aux Congolais de mesurer et constater l’amélioration du service qui leur est rendu par les administrations. En un mot, identifier quelques outils incontestables ainsi qu’une méthode pour les bâtir pour que le Gouvernement de SASSOU NGUESSO puisse rendre compte aux Congolais de l’avancée des réformes sur une base objective vérifiable par chacun. A la fois mesurer et illustrer la réforme de l’Etat.

Que propose ce gouvernement à cette population qui croupit dans la misère?

 Les établissements scolaires ne sont-ils pas dans un état de délabrement inouï ?  La région du Pool est la plus sinistrée du pays, combien d’année faut-il attendre pour la reconstruire et la moderniser ? Le Gouvernement attend t-il qu’il y ait des drames pour initier une politique de construction des digues sur la façade maritime? Pire, aucun ministre ne s’intéresse aux érosions qui rongent la baie de Loango.   Peut-on admettre que l’hôpital de Lékana, soit démuni de personnel qualifié  et de matériels (un laborantin fait office de responsable et un infirmier pour le seconder) ?  Pourquoi,  les villes de Brazzaville et Pointe-Noire, malgré les milliards de leur budget annuel, sont incapables d’opter des politiques d’assainissement et de transport en commun viables et  n’ont aucune maîtrise du foncier ? Qu’est-ce qui justifie l’absence de plan local d’urbanisme ? Pourquoi le gouvernement traîne-t-il les pieds pour permettre aux Congolais de voyager à bord des bateaux et des trains décents? 

 

Combien de mois de démarches administratives qu’un fonctionnaire retraité doit-il passer pour commencer à percevoir sa pension ? Aïe, Bonjour les tracasseries !!!

Les Congolais ont une mauvaise image des services publics et ont le sentiment que les services de l’Etat ont évolué plutôt en mal au cours des dernières années. Ce sentiment de dégradation s’accroît et se complexifie quotidiennement. L’absence et l’insuffisance des infrastructures sanitaires (Cas du CH-TUE), Privation des médicaments de première nécessité dans tous hôpitaux du pays.

 

Le manque d’eau potable (sans compter les fuites d’eau qui ne sont pas immédiatement réparées), le manque d’électricité (délestage au quotidien), l’insalubrité impitoyable des rues et marchés (les aliments cohabitent avec  les immondices) sont des illustrations parfaites de dégradation des services publics. Nous avons déjà longuement interpellé les autorités congolaises.(2)

 

Si les congolais reconnaissent quelques progrès (saupoudrage) accomplis au niveau de quelques ministères et, dans une moindre mesure, pour faciliter l’accès aux informations utiles, ils ont au contraire un jugement extrêmement négatif sur les évolutions en matière d’identification de leur interlocuteur, la transparence dans la prise en charge de leur dossier, des délais de traitements et de temps d’attente à l’accueil. Est-il normal d’admettre qu’à Pointe-Noire,  les usagers doivent attendre plus de deux ans pour voir le Maire de la ville signer des permis d’occuper?

Le gouvernement n’est pas encore suffisamment crédible dans sa volonté d’améliorer la qualité du service public. Pour les Congolais conscients, améliorer la qualité du service est synonyme de faire des économies. Pourtant, à ce jour, ces derniers estiment que l’objectif de modernisation du secteur public est principalement perçu comme purement financier. L’opulence et l’arrogance affichées des Ministres actuels sont-elles compatibles avec la misère du peuple congolais ? Le pays ne vit-il pas sous l’aire déguisé du monopartisme où sévissent une justice et un Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ? Pourquoi les partis d’opposition n’ont-ils pas accès aux médias d’Etat ?  Est-il raisonnable que pour le cinquantenaire de l'indépendance, le gouvernement congolais ait acheté 67 Mercedes (Classe E et S) ? Prix moyen de la limousine : 56 000 euros (36,7 millions CFA). Pourquoi les Congolais doivent-ils continuer à admettre que les vols internationaux en partance ou à destination du pays soient les plus chers au monde? Peut-on devenir un pays touristique dans ces conditions ? Exceptés les parcs naturels, nos plages sur la façade atlantique peuvent-elles attirer des touristes étrangers ? « La ruine du warf abandonnée  par l’ancienne Compagnie des Potasses du Congo offre un spectacle environnemental affligeant tout en étant un véritable obstacle à la navigation côtière et aux loisirs »(3).  Depuis la disparition de la CPC (Compagnie des Potasses du Congo), Pourquoi  le gouvernement ne songe-t-il pas à sa démolition?

Avant de vouloir imposer aux Congolais toute nouvelle initiative de modernisation, le gouvernement doit s’imposer à lui-même une culture du résultat. Pour consolider l’indispensable réforme de l’Etat, la culture du résultat doit donc être réaffirmée devant les fonctionnaires, agents des services publics et les Congolais en renforçant la légitimité de ses outils, les indicateurs et leurs usages. Plus qu’un instrument d’observation ou de communication, l’indicateur doit devenir un véritable levier de modernisation de l’Etat. Il n’est nullement question d’amasser une quantité pléthorique d’informations finalement peu ou pas exploitées alors que d’autres informations cruciales font défaut sans que cela suscite le moindre débat. Ainsi, à titre d’exemple, quel est le nombre de Congolais demandeurs d’emploi au 1er semestre de l’année 2010 ? Quel est le nombre de Congolais de moins de 18 ans non scolarisés ? Ou encore, quel est le nombre d’étudiants congolais boursiers et non boursiers en Europe?

Le gouvernement doit savoir concilier d'un coté les indicateurs et de l'autre l'action publique puisque l'un ne ve pas sans l'autre. L'indicateur n'a de réelle valeur que s'il est le révélateur de la nécessité d'agir des fonctionnaires, des responsables politiques et de l'opinion publique. Il doit être créateur de consensus pour agir. Sans cette exigence, l'indicateur ne peut pas être un levier de modernisation. Un indicateur qui porte sur une défaillance d'un service public, est porteur de mauvaises nouvelles dans un premier temps et n'enregistre des améliorations que dans un second temps, délai peu compatible avec celui des médias voire des élections. c'est pourquoi la pression de la communication transforme l'indicateur en emblème médiatique de la réforme alors que ce sont les mesures qu'il pousse à adopter qui devraient l'être.  

Des indicateurs de délais, simples outils d’amélioration des procédures administratives, deviennent en outre des enjeux politiques lorsqu’ils révèlent des ruptures de droit jugées inacceptables. C’est toute la différence entre réduire le délai d’obtention d’un passeport de quelques jours et faire en sorte qu’un retraité n’ait pas de rupture dans le versement de sa pension en raison d’un retard administratif souvent injustifié et inexpliqué.

La modernisation de l’Etat ne suscitera l’adhésion des agents, des usagers, de l’opinion publique et des responsables politiques que si elle se concentre autour de quelques indicateurs emblématiques, transversaux et interministériels.

 

Les indicateurs ou outils d’évaluation des services publics

 

Dans les faits, il semble difficile de réduire significativement le nombre d’indicateurs. En revanche, il est indispensable de distinguer très clairement ceux sur lesquels l’administration doit s’engager. Et s’engager, c’est d’abord se donner les moyens de s’adapter.

 

Ø  Dans toutes les administrations, il faut revoir l’accueil des usagers, le délai de réponse à un courrier ou encore l’amplitude des horaires d'ouverture des services publics.

Ø  Rationnaliser les procédures internes et les dépenses, améliorer la gestion afin de pouvoir réaliser des économies et faire des gains de productivité. L’Etat doit avoir une politique cohérente et volontariste qui permette de mutualiser les moyens et réaliser des économies d’échelle, tout en externalisant certaines fonctions quand elles ne sont pas au cœur de ses missions.  

Ø  Les délais de traitement des démarches administratives dans cinq domaines identifiés, par exemple : renouvellement des papiers identité, les reclassements administratifs, les pensions de retraite, prise en charge dans les services des urgences, intervention des forces de police ou encore démarches fiscales.  

Ø  Les réponses apportées aux réclamations des usagers. Seront évalués la part des services permettant de déposer une réclamation, le suivi du taux de réponse apportée en moins d'une semaine et l'évaluation du niveau de satisfaction des Congolais sur la qualité des réponses apportées.

Ø  Ainsi, il y a lieu d’approuver la mise en place des guichets uniques pour la création d’entreprise et le dédouanement des marchandises. De même, il serait nécessaire d’unifier les services fiscaux, de ceux de l’emploi. Mettre en place les démarches administratives simplifiées  qui permettront, par exemple, aux Congolais d’effectuer en une seule fois la déclaration de perte et la demande de remplacement de leurs papiers administratifs.

Ø  Le gouvernement doit édicter une charte nationale qui permettra de renforcer l'accueil dans les services publics.  

Ø  La réduction des temps d’attente et des délais d’instruction dans des domaines aux enjeux forts pour le grand public : diminution de moitié des délais de paiement des fournisseurs des administrations publiques, des délais d’attente aux urgences des hôpitaux… 

Ø  Augmentation du SMIG et revalorisation des salaires de tous fonctionnaires congolais. Instituer le mécanisme de l'intéressement collectif de la fonction publique pourra récompenser les efforts des fonctionnaires pour l'amélioration du service rendu à l'usager.

Ø  Accroître les compétences du Médiateur de la République. Les progrès et les efforts accomplis par les administrations seront examinés par le Parlement.

Ø  Les dépenses publiques doivent être maîtrisées et mieux ciblées pour une croissance durable. 

Ø  Le gouvernement doit promouvoir un code d’éthique des partis politiques. Pourquoi,  l’action politique est-elle devenue un métier  que le Congolais doit exercer jusqu’à ce qu’il soit admis à un centre de gérontologie et que toute pratique gériatrique soit vaine ? Peut-on parler de modernisation, lorsqu’on est responsable d’une structure de jeunesse d’un  parti politique (peu importe lequel) et qu’on s’obstine à vouloir la diriger jusqu’à un pas d’admission à un centre de gérontologie ? Certes, le vieillissement n’est pas un handicap mais à quel moment nos aînés doivent-ils passer la main ou quitter le navire et bénéficier d’une retraite paisible?

  

Le gouvernement de SASSOU NGUESSO doit promouvoir la transparence pour placer les Congolais  au cœur de l’action publique. L’Administration doit cesser de travailler en vase clos et ne pas se constituer juge et partie.  Le gouvernement doit publier les résultats des indicateurs pertinents pour les Congolais afin de s’appuyer sur l’opinion pour moderniser la qualité des services rendus et pour rendre compte des progrès accomplis.

Le gouvernement doit mettre en place un programme de simplification des démarches qui corresponde avant tout aux priorités des Congolais.

Compte tenu des difficultés à mettre en œuvre une concertation directe et permanente entre l’administration et les usagers, seule la transparence des indicateurs permet de s’appuyer sur l’opinion pour faire progresser l’administration.

Des efforts significatifs de management sont indispensables pour développer la culture du résultat. Sans développement du management, la pression de l’opinion et du politique risque d’être perçue par les agents comme une mise en accusation et d’être par conséquent source de blocage et d’incompréhension.

Le gouvernement congolais n’est pas intéressé par la publication régulière d’indicateurs chiffrés qui permettent de suivre l’évolution de la qualité du service public. On le voit, l’attente est donc forte et l’Etat doit encore convaincre de sa volonté d’améliorer la qualité en particulier dans le suivi personnalisé de l’usager.                                                                                                                                  

Les Congolais sont dans l’attente de plus d’information de la part du gouvernement de SASSOU NGUESSO et de son administration. Ils doivent être convaincus de la volonté d’améliorer la qualité du service, il importe de faire un effort afin de faire adhérer l’opinion publique à la modernisation de l’Etat. Sans cet effort, toute communication positive risque en effet d’être reçue avec scepticisme comme de la simple propagande.

Bernard KOKOLO 

http://berijc.over-blog.com/

DAC : developperautrementlecongo@gmail.com                         

 

(1). Fulbert Ibara, LA SEMAINE AFRICAINE, N° 3000 du mardi 8 juin 2010.

(2)  http://berijc.over-blog.com/article-congo-brazzaville-en-finir-avec-les-mauvaises-pratiques-de-la-fonction-publique-47420401.html

(3)   http://berijc.over-blog.com/article-congo-brazzaville-l-urgence-d-une-politique-de-prevention-des-catastrophes-naturelles-51565508.html

 

 

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