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DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

17 Oct

Hollande a-t-il enfumé les congolais ?

Publié par Berijc

«  Hollande vient de nous enfumer !! ». Il appelle à l’unité de l’opposition pour défendre la démocratie congolaise, mais il ne se gêne pas de donner un coup de pouce médiatique a un dictateur »


La visite éclair du Président Français en Afrique et particulièrement au Congo-Kinshasa ne cesse de susciter des réactions controversées dans les milieux politiques des deux rives du majestueux fleuve Congo. Il faut dire que les attentes des populations de ces deux capitales voisines étaient grandes. Elles y ont cru que le comportement politique et notamment sur la possible intervention, dans le processus du respect des règles démocratiques, du président français sur ses homologues congolais.

 

Au-delà des effets d’annonce véhiculés quelques jours avant son départ pour l’Afrique, François Hollande avait suscité un espoir pour ces peuples de voir enfin la lumière dans ces deux pays ou le regain de la dictature des années 1970 refait surface avec une férocité indescriptible. Piqués au vif par les récents du Président français, les pouvoirs en place clamaient haut et fort à l’ endroit de la délégation Française que «  la francafrique c’est fini », «  nous n’avons pas de leçons à recevoir de la France » prélude d’un bras de fer politique se déroulant dans les coulisses et saloons feutrés de ce sommet de la francophonie de Kinshasa. Les officines de communication des deux présidents n’ont pas lésiné sur les moyens pour percer les barrières protocolaires, dirait-on, pour obtenir des précieux rendez-vous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il faut dire que les deux présidents (KABILA et SASSOU)qui se sont rencontrés, quelques semaines avant à OYO, terre natale de SASSOU NGUESSO avaient eu largement le temps d’affuter leurs armes pour ne pas se laisser déborder par les propos du Présidant normal Français. Tordus ainsi le cou d’un côté à la rumeur des relations exécrables entres les deux présidents et de l’autre à la maturité des deux dictateurs unissant leurs stratégies pour contrer celles de la délégation française.


D’entrée de jeu, c’est le Président de la république démocratique du Congo (RDC) Joseph KABILA affaiblit par une élection entachée d’irrégularité lance les hostilités en déclarant : «  la république démocratique du Congo, notre pays, est fière de la démocratie exercée dans ce pays (…) ». Et du côté du Congo-Brazzaville, c’est l’écrivain Ambassadeur du Congo en France, Henri LOPEZ, qui usait de toute sa notoriété auprès du locataire du Quai d’Orsay, Laurent FABUIS en jouant sur la carte de la sensibilité historique «…  il serait mal vu pour les français que le président français n’honore pas le président d’un pays qui fut la capitale de la France libre (..) »


Nous sommes là en plein dans l’exercice d’équilibriste qui caractérise la diplomatie au sens large du terme. François HOLLANDE, malgré ses déclarations jugeant « tout à fait inacceptable la situation dans ces pays… » pouvait-il déroger à la règle consistant à respecter la souveraineté d’un pays membre de l’ONU ? Certains observateurs l’aurait perçu comme un peu dépassé par les gesticulations de la diplomatie africaine.


D’autres observateurs de la politique africaine de la France en particulier dans cette zone du golfe de guinée minée par les intérêts colossaux tiraient la sonnette d’alarme pour prévenir l’opposition des deux Congo de ne pas trop s’attendre à un changement quelconque de cette visite.

L’opposition du Congo-Brazzaville suivant le conseil n’a pas estimé utile de faire le déplacement pour rencontrer le président français jugeant la position de la France pas trop claire face aux dérives démocratiques constatées lors des dernières élections législatives de juillet aout 2012. En reconnaissant les résultats des ces dernières, le gouvernement français avait légitimé une fraude dénoncée par 87% des citoyens congolais.

 

Même son de cloche du côté de l’opposition de la RDC ou l’éternel et charismatique leader de l’opposition Etienne TSHISEKEDI déclarait « … je n’attendais rien de Hollande sur la situation du Congo. Il n’y a que les congolais qui savent ce qui se passe ici …».


 

 

 

Pourquoi cette méfiance ?


Il faut admettre que les discours changeant du Président Français sur la situation dans ces deux pays étaient très loin d’inspirer une quelconque confiance. Le revirement de dernière semaine confirmant sa venue à Kinshasa avait désorienté plus d’un congolais sur la fiabilité des engagements pris par Hollande pendant sa campagne. De même que les accointances supposées de Laurent Fabius avec les hommes du pouvoir des deux pays sont loin d’installer un climat de confiance entre les oppositions congolaises et le gouvernement français. Entre les mots du président français et les actes de sa politique sur le terrain, on est loin de déduire à une véritable rupture consommée. On serait tenté de dire que nous sommes encore dans une continuité différente mais surtout pas dans une rupture. C’est ce qui pousse le leader TSHISEKEDI a réaffirmé sa contestation de la légitimité de KABILA en déclarant juste au sortir de son entretien avec Hollande «  c’est moi qui suis au pouvoir au Congo. Ce sont le autres qui sont opposants ». Une belle manière pour TSHISEKEDI de mettre les pieds dans le plat de la complexité de la politique de la RDC.


La poignée de main entre Hollande et SASSOU NGUESSO, faisant le tour de toute la presse du Congo-Brazzaville, suscite plus d’interrogation qu’il n’apporte une réponse sur l’engagement politique de François Hollande de défendre une gouvernance démocratique ou de lutter contre les antivaleurs au Congo-Brazzaville. Chacun peut l’interpréter comme il veut, il est irréfutable que c’est un coup médiatique réussi de la part du Clan SASSOU. Serait-ce un hasard ? Ce qui serait d’ailleurs surprenant à ce niveau politique. Aurait-on forcé la main au protocole de la délégation française qui de surcroît était libre de gérer son planning et son calendrier des personnalités à recevoir? Le fait est que le nouveau président français recevant Mr SASSOU NGUESSO signe là un acte de désaveu à sa promesse pour beaucoup de congolais. La méfiance reprend le dessus sur cet élan d’espoir suscité par l’élection de François Hollande dont beaucoup de français d’origine congolaise avait massivement voté.

Le réalisme politique reprend ses droits, la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts. Cette maxime francafricaine serait tout simplement remise au gout du jour. C’est ce que n’hésite pas à penser la majorité des associations d’opposition à la dictature de SASSOU. «  Hollande vient de nous enfumer !! ». Il appelle à l’unité de l’opposition pour défendre la démocratie congolaise, mais il ne se gêne pas de donner un coup de pouce médiatique a un dictateur. Le désamour est sensible auprès de la majorité d’africains de France.


L’autodétermination est plus que nécessaire


S’il y a un réalisme français, il serait temps qu’il existe également un réalisme africain. Depuis un peu plus de 50 ans, les africains sont comme des gamins a qui on doit tenir la main pour traverser une chaussée. Beaucoup sont déçus de la politique française brillamment illustrée au cours de ce sommet de la francophonie de Kinshasa. Cela a toujours été ainsi, on privilégie les dictateurs qui servent les intérêts immenses de la France dans cette Afrique en déficit de prise de conscience. S’attendre à ce que Hollande règle vos problèmes est une erreur non seulement politique mais infantile. Croire en des promesses électorales des occidentaux ayant juste pour but d’atteindre des sommets du pouvoir est simplement une conception suicidaire pour des femmes et hommes politique d’Afrique de demain. La solution est en nous, c'est-à-dire dans notre capacité à s’autodéterminer, à se prendre en charge, à prendre conscience que les politiques inventées dans d’autres cieux sont simplement incompatibles à notre vision d’Afrique de demain.


Pour le cas express du Congo-Brazzaville, la France se plait à voir ce pays, qui a sacrifié ses fils pour sa libération, servi de terre d’accueil en étant la capitale de la France libre, ou réside un peu plus de 10.000 français, ou la langue française est parlée par pratiquement 79% de la population, plongé depuis quinze dans une dérive dictatoriale est d’un cynisme politique affolant. Que les congolais prennent conscience, la solution vous appartient.


Jean-Claude BERI : contact@dac-presse.com

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