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DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

29 Jun

FAIRE CONFIANCE AUX ENTRAINEURS AFRICAINS

Publié par Berijc

 

papeDioufL’ex-président de l’Olympique de Marseille, agent de joueurs et journaliste, milite pour que les sélections du continent soient enfin dirigées par des techniciens locaux.

«Après Vahid Halilhodzic, c’est à Sven-Göran Eriksson que la Côte d’Ivoire a fait appel pour conduire les Éléphants en phase finale de la Coupe du monde. Halilhodzic n’a pas survécu à “l’échec” de l’équipe ivoirienne dans sa conquête du titre africain, en janvier dernier en Angola. Un Suédois succède à un Bosniaque. Et ainsi, les mondialistes africains – à l’anotable exception de l’Algérie – font le plein d’entraîneurs étrangers. Le Ghana a son Serbe, le Nigeria son Suédois, l’Afrique du Sud son Brésilien et le Cameroun son Français.

 
Les dirigeants du football africain manquent-ils à ce point d’imagination, de bon sens ou de discernement pour croire que la solution réside forcément en dehors de l’Afrique?


Tout d’abord, il convient de souligner que ce genre de choix relève rarement d’un projet d’avenir. C’est même souvent la réponse ultime à un désarroi et à une inquiétude générale qui ont gagné à la fois l’opinion et le pouvoir politique. Cette sorte de sauve-qui-peut, même si ses effets ont été bénéfiques au Cameroun avec l’engagement de Paul Le Guen, n’est pourtant pas la panacée.
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Voyons les choses de plus près. C’est quoi un bon entraîneur? De nos jours, les méthodes de préparation se sont uniformisées. Sur les plans technique, tactique, physique, athlétique et médical, on s’y  prend à peu près de la même manière sur tous les continents, les seules différences pouvant venir de l’importance des moyens financiers et matériels dont on dispose.
On a beau modeler, construire, bâtir une équipe, on n’invente rien. Il est un domaine cependant qui échappe à la maîtrise technique et tactique, mais où l’entraîneur peut démontrer sa supériorité et son efficacité.
C’est le domaine psychologique et mental. Là où il tire le maximum de ses joueurs, et partant, de son équipe. L’exercice consiste en premier lieu à mesurer la capacité de réception et de compréhension de
chaque membre de l’effectif, titulaires et remplaçants compris, et à en tenir compte.

CMR.jpgPuis, dans un deuxième temps, à susciter fortement avec les mots l’attention, la concentration et la motivation de tous. Or, comment ramener à l’unité un groupe de plus de vingt éléments dont on ne parle ni ne comprend la langue, comme c’est souvent le cas avec les entraîneurs étrangers? Il reste, bien sûr, le recours à des interprètes. Mais, selon le mot de l’écrivain Jean Grosjean, “traduire, c’est long et c’est toujours raté”. Le risque est alors de prêcher dans le désert et de nourrir le culte du flou.


Certes, en 2002, Bruno Metsu a amené le Sénégal en quart de finale de la Coupe du monde. En qualifiant le Cameroun pour l’Afrique du Sud, Paul Le Guen, lui, a redressé une situation bigrement  compromise. Et le Ghana a obtenu une inattendue deuxième place lors de la dernière CAN avec son entraîneur serbe. Pourtant, la Côte d’Ivoire fut grande et victorieuse en 1992, à Dakar, lorsque son équipe était dirigée par un Ivoirien, le sage et compétent Yao Martial. La seule ligne significative dans le palmarès des Éléphants. L’Égypte est l’incontestable championne toutes catégories en Afrique et son long règne sur le continent a le nom d’un souverain de la profession, Hassan Shehata, Égyptien pure souche. Preuves que les entraîneurs africains pourraient faire aussi bien, sinon mieux, que leurs pairs européens recrutés, eux, à prix d’or et placés dans des conditions d’absolu confort matériel.


Encore faut-il que dans chaque pays le corps des entraîneurs soit plus solidaire et moins envieux de l’élection de l’un des siens, souvent victime de cabales ou d’intolérables peaux de banane. Faut-il enfin taire les complexes qui nous conduiront bientôt à faire diriger nos armées, nos administrations ou nos ministères par des étrangers. Quel triste retour en arrière! »

 Pape Diouf

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