Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

29 Jan

En finir avec les éléphants blancs de Sassou-Nguesso

Publié par Berijc

Il est de coutume qu’au Congo-Brazzaville, l’éléphant soit le symbole animalier des campagnes politiques de Sassou-Nguesso, il ne me revient pas de flatter ou de faire l’apologie de ce personnage.

L’on sait que l’éléphant pour assouvir sa faim doit beaucoup manger et boire. Cet anachronisme animalier se distingue bien à ce personnage qui domine la politique et l’économie du pays depuis un quart de siècle. Le clan Sassou domine tous les secteurs de l’économie. Rien ne peut se faire sans ce clan ou sans leur aval  (1).

Le règne des éléphants blancs

A force de vouloir tout accaparer ou tout faire le clan au pouvoir multiplie des inepties que les Congolais découvrent avec amertume. Le premier éléphant blanc est le barrage d’Imboulou, tant vanté par le clan Sassou. A ce jour, la Direction Générale des Grands Travaux (DGGT) a pris provisoirement possession du barrage. Curieusement les délestages continuent  de sévir à Brazzaville et à Pointe-Noire. Contrairement aux déclarations du ministre Bruno ITOUA qui estimait que l’on ne pouvait pas commencer les travaux de réfection du réseau électrique de Brazzaville avant la fin des travaux du barrage : « l’on ne peut pas acheter les meubles avant les travaux de finition d’une maison ». Ce n’est pas faire une offense au ministre Bruno Itoua en disant que dans la programmation de la gestion d’un projet industriel, l’on peut prévoir de réaliser concomitamment des travaux connexes. Surtout si tout va de paire avec le projet global.  En l’espèce, les travaux de réhabilitation du réseau électrique de Brazzaville et de Pointe-Noire devaient également débuter en 2002. Ce n’est plus un secret pour les Congolais qui savent que l’argent pour la réhabilitation du réseau électrique de Brazzaville a été affecté tout récemment. Pire, dans 8 ou 10 ans comme le prévoit certains experts du PNUD, ce barrage de 120 MW sera déficitaire voire obsolète au regard de la croissance démographique et de la création des structures économiques. Où doit-on trouver l’électricité nécessaire pour les prochaines zones industrielles et commerciales ou pour des projets en cours et futurs : Usine de Potasse à Pointe-Noire, Exploitation des gisements de fer à Zanaga et à Souanké. La nécessité de construire le barrage de Sounda (Kouilou) devient primordiale pour l’avenir du pays, car il pourra produire plus de 6.5 milliards de KWh ou plus (2). Les errements de la Direction Générale des Grands travaux (DGGT) conduisent inéluctablement vers un labyrinthe sans fin.

La route Pointe-Noire-Brazzaville, depuis le coup d’envoi des travaux en 2007, le premier tronçon de 164 km n’est pas encore achevé. Les Congolais s’interrogent sur le nombre d’années de travaux pour que le bitume atteigne Brazzaville.  En cette saison de pluie, les difficultés pour rouler sur la route nationale N° 1 entre Madingou et Bouansa sont épouvantables.  Lorsqu’il pleut, dans plusieurs quartiers de Brazzaville et de Pointe-Noire, les Congolais sont obligés de patauger dans l’eau et les routes deviennent difficilement praticables. On est pas loin de se poser  la question  à quoi sert la municipalisation accélérée ? A-t-on vu l’embellissement et la construction des infrastructures promises ? Le cadre de vie des Congolais s'est-il amélioré ?

Les travaux réalisés à travers « la municipalisation accélérée » se présentent comme des trompe-l’œil. De nombreux chantiers dans les régions bénéficiaires de « la municipalisation accélérée » sont inachevés (éléphants blancs) et d’autres n’ont toujours pas vu le jour, comme à Mossaka et à Mossendjo. Les exemples de chantiers inachevés sont devenus des légendes dans tout le Congo. Le préfet de la LIKOUALA n’a-t-il pas dit que les travaux étaient pensés et décidés  par des gens qui ne connaissent pas la région ?

L’échec de la municipalisation accélérée

A Brazzaville, les trois années de « municipalisation accélérée » et les milliards investis  n’ont produit aucun effet sur la résolution du chômage galopant des Congolais, la croissance urbaine non maîtrisée, la dégradation des infrastructures continue, aucune infrastructure scolaire, universitaire ou sanitaire n' a été construite, la distribution de l’eau potable pose toujours un véritable soucis, les délestages de l’électricité accentuent l’insécurité et la délinquance,  l’absence d’une société urbaine de transport occasionne la prolifération des véhicules impropres , l’insalubrité chronique et l’étalement démesuré de la ville continue de favoriser l’augmentation des épidémies (3). Tel est le lot quotidien des congolais.

Dans toutes les régions, « la municipalisation accélérée » n’a engendré aucun impact positif sur l’habitat, sur les conditions économiques et sociales des Congolais. Les marchés sont devenus de véritables nids de microbes. Il est regrettable de concevoir un schéma politique à coût de milliards de francs CFA qui ne prend pas en compte l’amélioration du cadre de vie des Congolais. Quelles sont les retombées socio-économiques de la municipalisation accélérée du Niari pour les populations de Divénié, Kibangou et Mbanda ? De même, vouloir construire des résidences présidentielles dans toutes les régions pour faire plaisir à Sassou-Nguesso est une ineptie politique. Ces crédits peuvent être affectés pour la réhabilitation et la construction des écoles, l’achat des équipements informatiques pour l’initiation des élèves aux NTIC, l’approvisionnement en eau potable des populations rurales, la construction des centres de santé…

Les effets néfastes de « la municipalisation accélérée » résultent du mauvais diagnostic des priorités de chaque région,  de l’absence de stratégie de développement qui intègre le potentiel de main d’œuvre locale, de la non-maîtrise par les cadres de la Direction Générale des Grands Travaux (DGGT) venant de Brazzaville  de la complexification des problèmes régionaux, ruraux et urbains. Toute entité régionale à des particularités qui ne sont pas semblables à une autre. Au lieu de construire des écoles, des unités de production, hôpitaux modernes et bien équipés en personnel et en matériel, on a vu construire des marchés ou des stades. C’est le cas à Owando et à Dolisie. La construction d’un aéroport à Ewo n’est pas une priorité pour les populations de la Cuvette-Ouest. La DGGT aurait dû consacrer ces crédits à des projets économiques ou sociaux qui sont prioritaires, susceptibles d’avoir des impacts positifs et moderniser le cadre de vie des Congolais. A-t-on quantifié le trafic qui se fera à l’aéroport d’Ewo ?  Que va générer cet investissement d’autant plus que l’aéroport d’Ollombo se situe à moins de 150 km de route. Comment développer le tourisme au parc national d’Odzala en l’absence d’infrastructures routières et hôtelières ? D’autres effets néfastes sont :

* La difficulté à maîtriser l’essor économique et financier de chaque région, la planification des villes et villages ;

* Les problèmes de l’insalubrité chronique des villes ;

* La carence en équipements d’infrastructure comme en équipements sociaux de base ;

* Les problèmes de la circulation et du transport national, régional et urbain ;

* Les dégradations de l’environnement, les érosions, les inondations, l'absence des canalisations destinées à collecter et à évacuer les eaux de pluie et les eaux usées ;

* Les embarras de la gestion  urbaine, occupation anarchique des sols, pollution, absence d'hygiène, absence de traitement des eaux usées ;

* La perte des valeurs de l’urbanité et de la solidarité sociale.

Au Gabon, où ce concept de la municipalisation tournante a été inventé, le gouvernement du Président Omar Bongo-Ondimba consacrait une période de 4 années de travaux à chaque département avant d’y célébrer les festivités de l’indépendance. Au Congo-Brazzaville, malheureusement, la municipalisation accélérée se limite dans le temps (soit 9 mois) pour réaliser des ouvrages choisis par le gouvernement sans concertation avec les acteurs locaux.

Au Congo-Brazzaville, pour faire face à cette situation illustrant parfaitement la problématique du développement national, la dimension des problèmes économiques, sociaux et environnementaux doit être porté à son plus haut niveau de perception ouvrant des perspectives résolument nouvelles et fondamentales pour le redressement et la modernisation de notre pays.

L’association « Développer Autrement le Congo » réitère  ses critiques sur la municipalisation accélérée qui est un frein à l’épanouissement du Congo. C’est ainsi que l’association « DAC » suggère la création d’une Agence Nationale de Développement Economique et d’Aménagement Territorial (ANDEAT) auprès du Ministère du Plan.

Promouvoir la création d’une Agence Nationale de Développement Economique et d’Aménagement du Territoire.

L’Agence Nationale de Développement Economique et d’Aménagement du Territoire serait un établissement public doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière. L’ANDEAT serait administrée par un Conseil d’administration et gérée par un Directeur. Cette agence serait un organisme au plan national ou régional dotée de compétence assurant l’ingénierie territoriale (planification économique, création des zones d’activité économique, homologation des plans d’urbanisme…). L’ANDEAT devra :

* Asseoir une politique de proximité et d’ouverture privilégiant la communication et la concertation avec les autorités nationales et les collectivités locales, les professionnels, les chambres de commerce et les citoyens ;

* Simplifier les procédures et réduire les délais d’autorisation en  prônant des mesures d’assouplissement permettant de traiter les dossiers avec célérité ;

* Rapprocher l’administration des citoyens par la mise en place des guichets uniques dans toutes régions. La généralisation des guichets uniques à travers les régions montrerait la progression d’un service public citoyen.

* Adopter des  démarches visant, dans un cadre de participation et de coordination, l’établissement de projets de développement global des territoires (région, district, mairie) de leur ressort en prenant en compte leurs atouts potentiels (situation dans le contexte national, grandes infrastructures existantes ou à créer, tourisme, sites exceptionnels, forêts, agriculture, industrie, qualité des villes, main d’œuvre qualifiée…).

* Ces projets de territoire, inscrits dans une vision stratégique doivent permettre à travers la négociation d’établir un dessein, de mobiliser des énergies, de fixer des échéances, de prévoir des financements, des partenariats…. A cette échelle, ces projets sont souvent au point de rencontre de politiques nationales (tourisme, zones industrielle ou économique, grandes infrastructures…) et de volontés régionales, voire locales. Ils doivent permettre de conjuguer les dynamismes, d’amplifier les résultats et de créer des solidarités territoriales et d’organiser le développement de manière équilibrée et durable ;

* Sortir du cadre de la planification nationale, régionale et urbaine classique dominée par le caractère réglementaire pour s’impliquer dans l’établissement de projets d’agglomération ou projets de ville définissant un horizon et résultant d’une négociation des acteurs (Etat, collectivités territoriales, grands établissements publics, acteurs du secteur privé), ces projets d’agglomération devant se décliner à travers quelques mesures réglementaires, mais surtout à travers la mise en place ordonnée de projets nationaux, régionaux et urbains impliquant financièrement et techniquement de larges réseaux de partenaires devant en assurer le succès.

L’association « DAC » estime que l’ANDEAT, pour tout nouveau projet, saura mener une réflexion pour comprendre le fonctionnement en fonction des problématiques économiques, environnementales, sociales et urbaines ou rurales posées, pour mieux les appréhender et élaborer ensuite un projet de construction ou de rénovation adapté répondant aux objectifs escomptés et offrant plus d’occasion d’épanouissement à la population congolaise afin que les villes et villages du Congo-Brazzaville puissent se développer en vertical avec des infrastructures dignes des villes modernes.

Chris Abela, www.dac-presse.com

(1) La lettre du continent n° 603 du 13/01/2011

(2) Ya Sanza : Electrification du Congo, la solution finale ? mercredi 12 avril 2006, http://www.congopage.com/Electrification-du-Congo, la solution finale ?

(3) L’autocratie ou l’échec de la municipalisation accélérée : http://berijc.over-blog.com/article-l-autocratie-ou-l-echec-de-la-municipalisation-acceleree-57497539.html

Commenter cet article

Archives

À propos

DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).