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DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

21 Jun

Des nominations qui passent mal

Publié par Berijc

 

3071806-4381339Les choses devraient pourtant être traitées avec toute la prudence nécessaire pour éviter de réveiller les susceptibilités et surtout les grondements de tambours au sein de l’armée congolaise.

 

Sassou Nguesso ou la réactualisation de la balkanisation de l'armée congolaise

 

Au départ,  il devrait y avoir 11 colonels promus au grade de futurs généraux. Il en est ressorti que huit  du dernier communiqué officiel venant de Mpila. Loin de nous l’idée de juger les qualités militaires de ceux qui ont été promus  qui sont d’ailleurs des soldats d’expériences et aux compétences probablement irréprochables. Seulement là ou le bât blesse c’est que ces promus ne sont pas les plus méritants pour beaucoup de militaires et surtout pour la rue congolaise. Dans cette file pléthorique des colonels qui remplissent les rangs de l’armée congolaise, beaucoup d’entre eux méritent depuis plus de dix d’être nommés au grade de général. Sans vouloir contester le droit du chef suprême des armées congolaise (comme dans toute démocratie)  de nommer le soldat qui lui semble méritant au grade supérieur, il est sans contexte que celles-ci  sont tachées d’une ambigüité politique, ethnique, et surtout très partisane. On est donc loin des discours vantés ici et là   de la mise en marche  de la reforme de l’armée tant souhaitée par des milliers des congolais et les militaires.  


De l’Etat major de l’armée en passant par les casernes, les sections et unités  militaires, l’heure est à l’étonnement, à la surprise mais surtout à l’incompréhension.  Une liste d’officiers (pour des raisons de confidentialité et de protection de la vie de ces soldats nous ne publierons pas leurs noms) méritants et surtout au grade de colonels depuis plus de 25 ans  sont exit de ces nominations. Leurs carrières et service au sein de l’armée ne souffrant pourtant d’aucuns  éléments pouvant justifier cette mise a l’écart. Ces officiers occupent des postes de valeurs et remplissent leur devoir militaire avec un dévouement exemplaire. Ils sont des modèles, des références pour leurs pairs. Des exemples qui sont cités par la majorité des militaires. Pourtant ils voient leurs éléments de troupe (formés par leur soin)  passer de lieutenant,  capitaine, commandant, colonel et aujourd’hui général (et cela en moins de dix)  sans aucune explication plausible ne puise justifier  leur statut d’éternel recaler.  Cette situation de fait qui nous a été délivré par certains militaires nous interpelle au point ou l’on se demande sous  quels critères fondent t- on ces nominations ?

Avons –nous une armée qui fonde sa vocation pour la protection de la nation-Etat  et la sauvegarde de la république ? Au regard de ce qui nous est démontré jusqu'à ce jour, il nous paraît très difficile de soutenir une telle thèse. En effet, la configuration de l’armée congolaise  actuelle met en exergue des dysfonctionnements au sommet du commandement  qui laisse perplexe le congolais. Comment peut-on expliquer aux congolais que sur 100 officiers occupant des fonctions de commandement dans l’armée 94% soient tous issus de deux régions sur dix  du Congo ?  Seraient-ils les seuls capables d’occuper ces fonctions ou encore les seuls avoir accompli des actes de courage dans l’exercice de leur mission et  qui nécessiteraient une telle reconnaissance ? Il nous serait très injuste de répondre positivement à cette question tant d’autres officiers connus par les militaires et les congolais peuvent témoigner du contraire.
Serions-nous alors entrain de façonner une armée vouée à la cooptation et à la soumission d’exécution des missions partisanes et contraire à leur vocation originelle de garante de la nation ?  La nation congolaise serait-elle liée à la sauvegarde des intérêts d’un seul homme fusse t-il chef d’Etat ? Ou plus exactement  notre armée doit-elle servir un homme ou défendre l’Etat-Nation en construction ?  C’est cette seconde hypothèse qui semble se dessiner au vu de cette sélection de nomination exclusivement très orientée vers une armée qui s’enfonce dans les contradictions qui ne l’honore guère.

 

L'armée congolaise de plus en plus politisée

On est bien loin là des discours de paix retrouvée, de réconciliation, d’une armée républicaine mais dans la concrétisation des manœuvres anti-démocratiques de museler un possible réveil du  peuple par le biais d’un commandement militaire a la solde d’un homme ou d’un groupuscule d’individus. Cette collusion des intérêts d’un groupe de prédateurs économique et politique avec l’armée nuit gravement à notre république.  Notre armée apparaît comme une entité politisée qui se met au service des politiciens. Et lorsque l’armée est politisée, les vraies valeurs ne sont pas respectées. Ces nominations qui sont sans contexte  donc politique et affectées d’une connotation régionale et tribale  et n’ont rien avoir avec une armée régalienne aux missions dévouées aux seules aspirations profondes de la protection de la nation congolaise. On peut aussi l’affirmer sans crainte d’être démentie que ces nominations  des  généraux sont des stratégies  au service du président-général. Ceci pour  permettre à ce dernier d’exercer une pression réelle sur les populations en les maintenant dans la pauvreté grâce à une corruption des officiers à une conjonction subtile de  recrutement des militaires  à la coloration politique  préalablement bien définie et qui lui  est totalement  acquise  afin de s’assurer   de la pérennisation  de son  pouvoir politique.



Sassou-Nguesso,  en stratège politique et militaire, applique la théorie décrite par l’artiste Pépé Kallé dans l’une de ses chansons : Oyo alia na motoki na ngai té à sauter bible » (que celui n’a pas mangé par la sueur de mon front le déclare la main sur la bible).  Pour que notre  armée soit réellement nationale, unitaire  et impartiale,  il est nécessaire que  les militaires dépassent  le niveau du verbe tribal  en constituant une unité homogène  hors contexte ethnique, en brisant le verrou de l' "ethnicisation" et de la pratique de la politique de la  "mangeoire" qui contribue à les vassaliser, les soumettre, d’obéissance aveugle vis-à-vis du président en exercice. Tout en sachant que ce dernier doit normalement son droit d’exercer du peuple qui logiquement l’aurait choisi comme chef. Sauf à reconnaître l’usurpation de ce droit par un clan qui gouverne sans avoir l’approbation de tout un peuple. Dans ce cas on utilise l’armée comme rempart contre une quelconque dénonciation du viol du  droit de tout un peuple.



On est donc très loin d’une armée qui fait des choix de justice, de liberté, de la démocratie en œuvrant dans une neutralité indiscutable afin de garantir une  compétition politique transparente.  Pourtant cela devrait être un  des principes inaliénables pour notre armée. Celle-ci devrait nécessairement favoriser  le respect du peuple congolais en soutenant  la démocratie et encourager  la rupture des  pratiques anciennes qui consistent à faire allégeance au  président.



L’histoire récente qui se déroule dans le monde et plus particulièrement dans les états ou les peuples sont opprimés, nous édifie  sur le fait que toute armée doit savoir sceller son sort à celui du peuple. Car la roue de l’histoire tourne et lorsque la volonté populaire des congolais se mettra en marche, elle renversera sur son passage les liens mafieux qui aujourd’hui semblent être  inscrits définitivement dans le marbre. Ce marbre n’est que du  sable que le  peuple piétinera et avec lui ces généraux de proue qui ont choisi de servir un individu et non la cause des congolais.

Jean-Claude BERI : www.dac-presse.com

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