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DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

16 Mar

Congo, les raisons d’une démobilisation populaire

Publié par Berijc

Le peuple congolais d’habitude volontaire, engagé et revendicatif présente aujourd’hui une attitude des plus surprenantes au regard de l’étendue des privations, des brimades, de l’exclusion dont il fait face depuis le retour par la force du clan SASSOU mettant ainsi entre parenthèses toute volonté démocratique. L’on peut se poser une multitude de questionnement du pourquoi de cette passivité surprenante des congolais. Sommes-nous toujours le même peuple qui jadis hier était enclin à se soulever pour exiger le départ du Président YOULOU pour trois fois rien ? Sommes-nous toujours les mêmes congolais qui réclamèrent le départ du Président YHOMBI pour un  lit à tourniquet d’à peine 3600 euros ? Sommes- nous enfin encore  le même peuple qui exigea la fin de la dictature en 1990-1991 ?

Pourquoi assistons-nous impassiblement à un Congo qui se meurt ?

 

Les réponses à ces questions sont pourtant encrées dans la conscience des congolais. Tout particulièrement dans les trahisons récurrentes de ses élites et de ses acteurs politiques. Les acteurs politiques qui hier ont livré le président YOULOU à la vindicte populaire, sous la base d’un gros mensonge politique,  se sont vite révélés n’être que des acteurs animés par la quête du pouvoir pour le pouvoir. Le président Massamba Débat périt sous un complot politico-militaire qui ne lésina pas sur la méthode indescriptible d’une barbarie innommable  au point où son corps fait jusqu’alors l’objet d’un marchandage honteux. Ceux qui assassinèrent Marien NGOUABI se retrouvèrent en secret  pour jubiler sous l’autel d’un triomphaliste révolutionnaire aussi ignoble leur forfait. Ensuite le président Yhombi Opango fut écarté du pouvoir par un Comité militaire du parti dont pourtant il en était le chef. Le goût du pouvoir extrême et la fourberie de certains militaires (dont SASSOU NGUESSO) se révélèrent d’une extrême violence. Beaucoup d’innocents furent lâchement,  injustement et arbitrairement tués. Ainsi la présidence de SASSOU NGUESSO 1 fut actée dans une ambiance sanguinolente.

 

L’avènement de la démocratie et l’élection du Président  Pascal Lissouba fut de courte durée car les fossoyeurs d’un Congo libre et tourné vers le développement s’employèrent pour crucifier la paix et la liberté. Qu’on ne s’y trompe pas !  Les villes et villages suivants : OWANDO, OBEA, OTENDE,  OSAKE,  IRANGA, etc…  furent les premières  victimes de l’atrocité  d’un complot qui mit très vite en lumière que le Congo était livré aux forces étrangères et mercenaires, trahi par certains de ses propres fils par une  manipulation internationale. Cette deuxième présidence de SASSOU NGUESSO se construit dans la psychose entretenue par les sbires de ce dernier qui ont choisi l’intimidation, la terreur, et la violence comme moyen de gouvernance et surtout de conservation de pouvoir.

 

Les tares des politiciens congolais : tous pourris, corrompus et menteurs ?

 

Le Congo serait-il farci de hauts personnages incompétents, menteurs et corrompus, de notables pontifiants et polycumulards pour lesquels la politique est une manière d’obtenir du pouvoir, de s’offrir l’opulence, de jouer les importants, de passer à la télé « Nkombo », de voir les citoyens ordinaires se prosterner devant eux, d’avoir toutes les femmes que leur physique ingrat leur interdirait en temps normal, sans oublier un salaire élevé de ministre, député, sénateur… et plusieurs voitures avec chauffeurs qui grillent les feux rouges. Certains ministres continuent de se faire appeler cyniquement « député de telle circonscription » et perçoivent les émoluments y afférents alors que cela est incompatible du fait de la loi.

Les élections sont pour ces gens-là le moment le plus utile pour coopter, nommer les membres du clan ou les sbires. Ils n’oublient pas au passage de servir les intérêts de leurs copains et de leurs parents. Il s’agit d’intriguer, de décrocher tel ou tel mandat, telle ou telle circonscription, qui deviennent même des monnaies d’échanges dans les négociations. Il est question de « fiefs », de « chasses gardées ».
Ensuite, une fois au pouvoir, ces politiciens ne font que remplir leurs poches personnelles, sans oublier de multiplier le nombre de villas de luxe.
Bon nombre de nos politiciens, (et même de politiciennes) collectionnent une ou plusieurs de ces tares.
Quand on  voit le niveau de la guéguerre pour être député de Gamboma, Sibiti, Kéllé, Dongou, on visualise bien le problème.

C’est en faisant ce triste constat qu’on en vient à penser que tous ces politiciens sont à mettre dans le même panier, et que c’est le pouvoir qui corrompt obligatoirement n’importe quel congolais ordinaire, à plus forte raison s’il est déjà naturellement ambitieux, avide de pouvoir, d’argent et que c’est la raison pour laquelle il se met à faire de la politique en nuisant sans état d’âme à l’épanouissement des citoyens en leur ôtant toute espérance de vivre des lendemains meilleurs. 

 

De ce rappel sommaire, nous retiendrons juste un fait des plus importants : Les lourdes tribus payées par la population congolaise tout au long de la construction de la société congolaise. Ce qui nous amène à  poser l’hypothèse suivante. Les élites et acteurs politiques ont-ils œuvré durant ces années pour l’épanouissement  du peuple ou pour les intérêts lobbyistes et égoïstes ?

 

Ce qui saute aux yeux de premier abord c’est qu’il y a une espèce de continuité de l’ancien PCT (parti unique)  qui a volé en éclat après le printemps démocratique des conférences souveraines africaines. En raison des crises internes qui les secouent périodiquement, du discrédit qui frappent la majorité d’entre eux, de la défiance nourrie à leur égard et à l’endroit du militantisme partisan, les différents partis politiques issus de ces conférences n’ont jamais parachevé leur réelle mutation. Pire ils sont dans l’incapacité aujourd’hui de faire un travail de mobilisation et d’encadrement efficient, de contribuer significativement à la socialisation politique du peuple congolais. Un grand drame politique se déroule au Congo. Son nom : la fossilisation de la démocratie par la pétrification des valeurs aboutissant ainsi aux failles béantes de son système politique actuel. D’où le retour de l’hégémonie PCTéiste.


 

La fossilisation de la démocratie au Congo

 

 

Depuis 53 ans nous avons en face une classe politique manipulatrice qui mue au gré des évènements mais dont  le discours reste immuable. Il  est évident que le peuple s'interroge sur la nature de ses élites et acteurs politiques au  message brouillé et dépourvu de suc. Les élites et acteurs politiques devraient éclairer le peuple et lui indiquer le chemin à suivre. Or ils se sont fourvoyés dans  la veulerie, le cynisme,  l'affairisme, l’immoralité et la corruption. Au vu de la forte démobilisation qui va s’accentuant d’année en année, l’entêtement des acteurs politiques croyant forcer les convictions des populations relève de l’absurde. Pourquoi le peuple ne suit plus ? Telle est la grande question.

 

La  vérité est un tant soit peu patente et prévisible. La prétendue démocratie mis en exergue par les pouvoirs actuels  ne sert en fait qu’à camoufler un grand tournant de la politique intérieure et de la politique sociale du Congo. Ils auscultent  sans cesse le Congo d'en bas, sans essayer de comprendre pourquoi, en masse, les congolais sont passés dans le camp d’un « m’enfoutisme » de tout, et pourquoi ils ont abandonné, comme un seul homme, les valeurs qui étaient les leurs depuis des millénaires. C’est sur ce terrain d’impopularité des acteurs en place et de fortes critiques sur leur incapacité à faire face aux multiples défis, auxquels était confronté le pays que se cristallise le mécontentement des congolais. Peuvent-ils faire confiance aux hommes et femmes qui ont trahi dans le passé, trahi aujourd’hui et trahiront sans aucun doute encore demain ? La majorité des élites et acteurs politiques de notre pays sont noyés dans cette espèce de trahison non seulement d’Etat mais du peuple tout entier. Qui de Louis S. GOMA, Y.OPANGO, BOURAMOUE, MOUKOUEKE, DZON, SASSOU NGUESSO, HENRI LOPEZ, P.LISSOUBA, J.OKOKO…( la liste est tellement longue qu’il nous faudrait les pages d’une bible pour tous les citer tous) peut se prévaloir avoir été au service du peuple ?  D’où l’enchainement des réponses, des procès et suspicions des congolais aussi laminaires que justifiées dans les hautes sphères de l’Etat qui attisent leur ras-le-bol du genre : «  tous des pourris et menteurs » «  maintenant je vais là où on me donne des sous » «  politique ya dzala » « si on me paye à manger, je vais à leur meeting même si je n’y crois pas » « laisse tomber mon frère !  Ça ne changera rien, tous ses vieux rouillés nous enfument » «  j’ai perdu mon père pendant la guerre civile, les kolelas sont où aujourd’hui » « je suis diplômé en science Eco, et comme je ne suis pas un fils à papa ou membre du  PCT,  mon dossier est entrain de pourrir quelque part, je suis condamné à vendre au marché »…

Ce qui reste d’élites et acteurs politiques au Congo aurait pu jouer un rôle prédominant dans la conscientisation des populations.  L'on a cru à un moment que le déclic était fait. Malheureusement, les ténors de cet espoir démocratique  affiché par intermittences, se sont rendus, de grâce ou de force, à la raison dominante de l'oligarchie en  abandonnant  toute volonté de lutte populaire et en livrant  la nation à la dérive corruptrice actuelle.  Par effet domino de calculs politiciens les élites et les acteurs politiques se sont empêtrés dans un discours politiquement correct qui ne répond pas aux besoins du peuple. Nous sommes donc en présence de manière irréfutable d’une trahison des élites en association avec les acteurs politique dans le processus de paupérisation accélérée la population. Et cela n’est pas seulement imputable au clan SASSOU, car la responsabilité de beaucoup de congolais dans l’érosion de la société congolaise est bien réelle. Le tout ou rien de nos institutions biaisées par les plus gros démagogues en place et qui gagnent par usurpation ne peut générer la démotivation voir la démobilisation du peuple.

 

Le danger de cette situation  n’est pas tant la chute d'un arbre que d'aucuns pressentaient pourri jusqu'aux racines, que la réaction d'orgueil d'une poignée d’élites et acteurs politiques, mus par l'amour, le patriotisme du Congo et le souvenir du combat des pères fondateurs de notre nation qui  se traduit progressivement par le réveil des consciences. Le MEGA MEETING du 9 mars s’inscrirait dans cette logique du réveil progressive du peuple congolais. Lent et difficile il sera, mais il ne pourra être pas éludé. La catastrophe du 04 Mars a tant traumatisé le peuple si bien que son absence de réaction jusqu’ alors est une énigme collective. Pourquoi avons-nous laissé ce gouvernement « périr » environ 1000 personnes sans que cela soit suivi d’un soulèvement populaire ?

 

Une réponse nécessaire s’impose pour expliquer cette situation comme autant de questionnements entre autres, que les congolais  doivent se poser aujourd’hui à la place des fastes insouciants. Le développement du Congo passe nécessairement par les Congolais eux-mêmes. Ça, c’est un fait ! Ainsi, le contexte actuel du Congo  interpelle tous congolais, diaspora comme populations de l’intérieur, même si les élites, notamment politiques, ont une responsabilité première de l’état du pays.  En effet, le destin du Congo est entre les mains des Congolais, qui malheureusement, se sont plutôt présentés,  à ce jour, comme les véritables fossoyeurs tout en criant au loup. Il est temps de s’arrêter et de reconnaître que « les ennemis du Congo sont les congolais » eux-mêmes. C’est un peu trop facile de mettre tout sur le dos des autres, sans oser regarder avec responsabilité, les actes que l’on pose chaque jour, sa manière de faire et d’être dans un monde qui se complexifie chaque jour.

 

Ce changement appellera  forcément à une recomposition du paysage politique congolais. Les autorités congolaises actuelles déshumanisées refusent de suivre le cours des flots alors que la population leur montre la chute qui se profile à l’horizon. Ce manque de cohérence issue d’un mutisme politique est suicidaire. Les exemples n’en manquent pas de nos jours pour l’étayer. Il apparaît de plus en plus évident que le changement se fera sans eux. Le danger qui guette le pouvoir actuel, en raison de l’attitude de son obscurantisme, est justement de rester aveugle aux bouleversements sociaux et ainsi ne pas être en mesure d’affronter les crises. Car aujourd’hui, il ne faut plus chercher à contraindre l’incertitude ni encore à la réduire en silence, mais plutôt il faut apprendre à l’intégrer dans le processus évolutif des mentalités. Ceci en fournissant aux Congolais les moyens d’en réduire les effets sur leur insécurité. Cela passe par une libéralisation de la presse, l’adoption des mesures économiques et sociales équitables. Encore faut-il, pour ce faire, que les autorités aient affronté leur propre insécurité résultant du contexte actuel plutôt que de se réfugier derrière les paradigmes traditionnels, claniques et mercantiles qui dépravent leur vision. Nous croyons fortement que le mal congolais sera traité par la conscientisation de nos citoyens à ne promouvoir que l’excellence et les idées novatrices tournées vers le développement. Si chaque région trouve son élan dans la concrétisation de son plein développement économique, le Congo entier sortira grandit de ces épreuves.

 

Jean-Claude BERI: contact@dac-presse.com


 

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