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DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

08 May

Congo-Brazzaville : L’élection de François Hollande, Rupture ou continuité.

Publié par Berijc

Les congolais de Brazzaville, notamment la grande majorité qui subit l’effroyable domination du clan SASSOU au pouvoir depuis 27 ans voit en l’élection, ce 6 mai 2012, de Monsieur François Hollande, une renaissance de l’espoir perdu depuis l’arrêt brutal de la démocratie congolaise en 1997. François Hollande, a qui beaucoup accorde des vertus salvatrices et une moralité proche de l’incorruptible serait présentée comme le nouveau messie pour libérer le Congo-Brazzaville du joug clanique qui contrôle le pays depuis des décennies.


Les échecs et la poursuite de la politique du maintien des dictateurs en Afrique prônée par le Président Sortant (Nicolas Sarkozy) ont laissé un gout amer auprès de bons nombres d’intellectuels africains qui avaient naïvement cru en sa promesse de début du mandat d’opérer une vraie rupture avec la françafrique. Cinq ans après, la prédominance du système de réseaux d’influences et d’accords secrets ayant longtemps caractérisé les relations entre la France et ses ex-colonies d’Afrique francophone perduraient au point d’en devenir même le centre des relations politique France-Afrique de ces cinq dernières années.

 

Ce fut le cas d’après de nombreux observateurs de la dernière visite de Monsieur Sassou Nguesso, le 6 et 8 Février 2012. Cette dernière aurait eu un caractère de son soutien par des dons de « mallettes » pleines de fonds occultes pour financer notamment la campagne de Nicolas Sarkozy. Le nouveau président élu, François Hollande envisagerait t-il de décréter l’arrêt définitif de ce qu’on a communément appelé francafrique pour faire émerger une nouvelle politique qui serait basée sur de relations plus saines et équilibrées avec Paris, et ce malgré le poids du passé et des intérêts pétroliers importants, la question est en tout cas aujourd’hui clairement posée ?

Répondre à cette question serait amener les africains et en particulier les congolais de mesurer leur enthousiasme devant les promesses dont le début d’exécution n’est pas encore programmé. Au delà de l’immense espoir que suscite élection et des promesses démocratiques et novatrices prônées par François Hollande, il reste que la situation nous appelle à la prudence et à la vigilance. Monsieur  François Hollande veut être un « président normal » (c’est sa phrase phare) qui compte déléguer les tâches régaliennes à ses ministres en travaillant dans une transparence démocratique.

 

Comment fera t-il pour lutter efficacement contre la nébuleuse cellule africaine ayant des tentacules dans toutes les sphères politiques françaises ? Une cellule dont on sait qui s’active déjà pour insérer plusieurs des leurs dans le gouvernement Hollande pour inoculer son venin de la corruption, de la domination, d’influence et d’affairisme auprès de celui dont tout le monde dit être un homme neuf et propre loin des turpitudes nauséabondes des Présidents africains. Et si la rumeur se confirmait que Monsieur Laurent FABUIS hérite du poste du ministère des affaires étrangères, serait-il l’homme idéal pour dénoncer les abus et la dictature au Congo-Brazzaville et au Gabon ou ses liens avec certains dirigeants africains sont plus que douteux? Les nouveaux hommes forts de seront-ils capable de renier la politique africaine de leur maître à penser François MITTERRAND ? Ne l’oublions pas que Hollande est élu avant tout pour aider la France à s’en sortir de la crise, à redresser le chômage et à donner un nouvel espoir à la jeunesse française. C’est sur ces promesses qu’il est plus attendu.

 

N’empêche que cette élection est vécue par bon nombre d’africain comme une bouée de sauvetage. François Hollande s’est engagé à travailler avec une Afrique aseptisée ou les mots démocratie, bonne gouvernance et développement socio-économique seront au cœur de toute discussion.

 

D’ores et déjà on peut dire que le message du nouvel homme fort de l’Elysée est très marquant et en parfaite rupture avec le discours de DAKAR. C'est une nouvelle page qui doit s’écrire avec la normalité d’une gouvernance démocratique en Afrique. Celle-ci doit effacer l'arrogance, la caricature, la corruption, l’usurpation, les arrestations arbitraires, les intimidations et le clanisme qui prévaut tout particulièrement au Congo-Brazzaville.

C’est justement sur le respect de cette promesse que le peuple congolais attend Monsieur Hollande. Le peuple congolais longtemps martyrisé, blessé dans sa chair formule le vœu de la venue d’une nouvelle exigence de justice et de prospérité partagée par tous les congolais

 

Seulement, il nous parait judicieux de rappeler à ne pas occulter les multiples questionnements auxquels sont soumis bons nombres de congolais aujourd’hui. Le développement du Congo passe t-il nécessairement par la France ou par les Congolais eux-mêmes ? Le contexte actuel du Congo  interpelle tous congolais, diaspora comme populations de l’intérieur, même si la volatilité des élites, notamment politiques, ont une responsabilité première de l’état du pays. Se focaliser sur cette élection sera une démarche semée d’embûches que les congolais ne détiennent pas les moyens de s’en débarrasser comme d’un revers de main. Comme le dit si bien le compatriote Lécas Atondi Momondjo, analyste politique au Congo-Brazzaville « qu'on ne peut pas penser un seul instant que l'arrivée de Hollande va marquer la fin de la françafrique, pour la simple raison qu'elle n'est pas née avec Mitterrand, ni Chirac, ni Sarkozy. C’est un important pacte colonial qui perdure au nom de la défense par la France de ses intérêts économiques et de son poids diplomatique à l'ONU » .

Les intérêts qu'ont les Français vis-à-vis du Congo-Brazzaville sont beaucoup trop grand. Comme d'ailleurs, ses voisins du golfe de guinée, le Congo est un pays producteur du pétrole, un partenaire sensible et privilégié que les observateurs le disent tout bonnement que Paris souhaite à tout prix garantir pour ses intérêts pétroliers dans la région. Cette illustration prouve à suffisance que la Françafrique, c’est d’abord la préservation des intérêts français. Et que notre enthousiasme mérite d’être contenue devant le poids des intérêts en face.

 

C’est pourquoi, il faut avant tout se résoudre à accepter que « le destin du Congo est entre les mains des Congolais, qui malheureusement, se sont plutôt présentés,  à ce jour, comme les véritables fossoyeurs tout en criant au loup. Il est tant de s’arrêter et de reconnaître que les ennemis du Congo sont les congolais eux-mêmes. C’est un peu trop facile de mettre tout sur le dos des autres, sans oser regarder avec responsabilité, les actes que l’on pose chaque jour, sa manière de faire et sa manière d’être dans un monde qui se complexifie chaque jour. » (1)


Jean-Claude BERI :

contact@dac-presse.com

(1) http://www.dac-presse.com/actualites/a-la-une/politique/46-50-ans-dindependance-pour-une-introspection-salutaire.html

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