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DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

17 May

L’Afrique victime de ses dictateurs atteint du syndrome d' hubris

Publié par Berijc

La situation rocambolesque des pays africains arrivant en fin de deuxième mandat éligible montrent à quel point l’Afrique s’enfonce de plus en plus dans la spirale des scénarios dictatoriaux les plus abjects. Ce qui paraissait simple pour bon nombre de démocraties occidentales encrées dans l’alternance et le respect des lois l’est moins lorsqu’il s’agit de faire respecter la loi en Afrique.

Les dictateurs africains, lorsqu’ils arrivent au pouvoir, quelle que soient la manière (Coup d’Etat, usurpation du pouvoir, fraude électorale) prônent tous la paix et le respect de la volonté populaire. Souvent ils prennent leur peuple à témoin pour garantir leur foi en la bonne gouvernance qu’ils exerceront durant leurs mandats.

De Paul BIYA (Cameroun), IDRISS DEBY (Tchad), Dos SANTOS (Angola), Paul KAGAME (Rwanda), YAYA BONI (Bénin), SASSOU NGUESSO (Congo), Joseph KABILA (RDC), Faure EYADEMA (Togo)… tous ces présidents, pseudos faiseurs de paix, sont en réalité atteints du syndrome d'hubris. Cette maladie se caractérisant par la perte du sens des réalités, intolérance à la contradiction, actions à l’emporte-pièce, obsession de sa propre image et abus de pouvoir : tels sont quelques-uns des symptômes d’une maladie mentale récemment répertoriée qui se développerait durant l’exercice du pouvoir.(1)

La manière dont s’est soldée la révolte burundaise est un affront à la bonne gouvernance. Il ne serait pas étonnant dans les prochains jours d’apprendre que le Burundi instaure un État de siège ou un couvre feu.

Déjà le mot instabilité est dans toutes les lèvres des ténors du pouvoir. Tout ceci s’en suivra les scénarios déjà expérimentés dans plusieurs dictatures : Privations des droits et libertés, surveillance accrue des opposants pour finalement aboutir à l’étouffement de toute velléité de manifestation populaire.

Pascal ne jugeait-il pas utile d’éduquer les futurs puissants en leur rappelant que leur détention du pouvoir tenait avant tout du hasard? « Surtout ne vous méconnaissez pas vous-même en croyant que votre être a quelque chose de plus élevé que celui des autres […] Car tous les emportements, toute la violence, et toute la vanité des Grands vient de ce qu’ils ne connaissent point ce qu’ils sont. Le pouvoir exerce une fascination indéniable, autant sur ceux qui le subissent que sur ceux qui l’exercent. Assurément, l’exercice du pouvoir n’est pas une activité comme une autre et n’échoit pas au premier venu, mais les « Grands » se souviennent-ils suffisamment de leur condition de simple mortel ? » (1)

P. Nkurunziza s’en sort pour l’instant bien. Mais pour combien de temps. Il est vrai que l'ordre constitutionnel est rétabli mais il se pose à présent le dilemme de la « légitimité » contre la « légalité ». Le virus est déjà dans le fruit. La révolte du peuple Burundais est surtout le fait d'un ras-le bol et de la désillusion de ceux qui comptaient sur les accords d'Arusha pour accéder à une meilleure gouvernance.

En dehors du peuple qui a repris les manifestations dans les rues du pays, Quatre anciens chefs d’Etat burundais ont jugé anticonstitutionnelle la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, estimant qu’elle risque de compromettre les acquis de la paix depuis la fin de la guerre civile en 2006. (2)

Doit-il se résoudre à respecter les accords d´Arusha, se sachant attentivement observé par son voisin rwandais, comme le lui a conseillé le Président Américain Barack OBAMA ? Pour mémoire les accords d´Arusha recommandent le partage équitable du pouvoir entre les Tutsis et les Hutus et deux mandats présidentiels par candidat. Ceci justement pour éviter la situation actuelle. Or en voulant passer outre ces accords, il a frustré son voisin Rwandais qui rumine sa colère et ne manquera pas de lui rappeler dès que l’aval américain sera donné à la fin de son mandat.

Ce cas Burundais n’est pas isolé, il est le reflet de bon nombre de ces présidents malades qui nous dirigent. Ils sont habités par un narcissisme effrayant, une arrogance démesurée, une prétention affligeante et d'un égotisme suicidaire. Le tout associé dans une forme de manipulation, de mensonge et le mépris.

Pourtant, il y a à peine six mois le président Burkinabé venait d’être dépouillé de tous les attributs du pouvoir fuyant la colère du peuple. Pourtant lui aussi avait ressemblé tout son clan et tous ses fidèles pour un partage sans égal du pouvoir. Le peuple ne l'a t-il pas condamné à l'exil ?

L’aveuglement du pouvoir qui caractérisé par ce sentiment d’invulnérabilité, d’invincibilité et de toute-puissance, en y associant un certain penchant au suicide est le lot quotidien de ces dictateurs en fin de mandat. Ils brillent par un manque d’intérêt pour le peuple annihilant toute volonté de curiosité.

Au regard de ce qui se passe au Burundi, nous espérons qu’au Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso saura mettre un profil bas à sa manie de narcissisme en traitant avec les partis de l’opposition et la société civile l’épineux problème de la gouvernance électorale.

C’est dans cette optique que Clément Mierassa, Président du Parti Social-démocrate Congolais (Opposition) et Coordonnateur du Mouvement Citoyen pour le Respect de l’Ordre Constitutionnel, révèle « qu’il est difficile de comprendre la démarche du pouvoir congolais qui a choisi de divertir les congolais avec un faux débat sur la Constitution alors que les choses sont claires dans la loi fondamentale du 20 janvier 2002. Le vrai problème est celui de la gouvernance électorale puisque aucune élection libre, démocratique et transparente n'a été organisée dans ce pays depuis 2002 . Ce pouvoir passe un temps fou à vanter les prouesses et les réalisations du Président de la République. Ils omettent souvent d'évoquer certaines choses comme par exemple qu'après plus de trente ans de pouvoir de Denis Sassou, le Congo est classé parmi les pays les plus corrompus du monde, qu'il est classé parmi les pays à régime autoritaire, que la gestion y est clanique, que les problèmes de réconciliation nationale comme la situation du Président Alphonse Massamba-Débat et autres n'ont toujours pas été résolus, qu'il existe une impunité intolérable s'agissant des détournements de deniers publics, que les scandales économiques et financiers sont nombreux, que les violations de la Constitution sont permanentes, que le pouvoir est préoccupé par les problèmes des biens mal acquis et autres .Tout cela n'intéresse pas le pouvoir maintenant. Après avoir déclaré qu'il fallait d'abord travailler, on est au regret de constater que le pouvoir ne fait rien pour que l'élection présidentielle de 2016 soit libre, juste et crédible. Et pourtant, il n'a pas le choix ! Sauf si, le pouvoir a une stratégie pour perturber la paix. Des dispositions doivent etre prises pour préparer l'élection de 2016. »

Dans la même lancée de l’opposition congolaise, Marion Michel Madzimba Ehouango fait remarquer « qu’en acceptant la concertation sur un thème bien précis (gouvernance électorale) et dans un temps bien défini (le délai du mois de mars est déjà dépassé) ; l'opposition a voulu montrer sa bonne foi... C'est le pouvoir (Denis Sassou Nguesso) qui a voulu tricher en élargissant le thème du dialogue aux questions constitutionnelles qui n'ont pas lieu d'être. A présent nous devons tenir compte de ce qu'il ne nous reste que deux mois et demi avant la date fatidique du 15 août où le Chef de l'Etat doit décliner le processus politique jusqu'à l'échéance de son mandat. Il n'est donc plus question de dialogue et de débat constitutionnel. Nous devons savoir comment et dans quel délai seront organisées les prochaines élections présidentielles. »

Marion Michel Madzimba Ehouango reconnaît « qu’il ne croit pas aux vertus de dialogue avec un tricheur... Il faut l'amener à respecter le texte qu'il a lui-même fait voter... Je crois au pourrissement comme moyen de le faire tomber... Mais ne me demandez pas ce que j'entends par là... Je ne vous le dirai pas... Mais suivez et soutenez ce que nous ferons dans les jours à venir... Nous sommes mieux expérimentés que les burundais et les burkinabés... Vous aurez votre alternance politique avec moins de dégât... Ça je vous le promets ! »

 

Jean-Claude BERI

 

(1) -http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/a/article-le-syndrome-d-hubris-la-maladie-du-pouvoir-22722.php

(2) -http://www.dac-presse.com/actualites/international/2248-2015-05-15-17-28-24.html

 

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