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DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

24 Apr

11èmes JEUX AFRICAINS DE BRAZZAVILLE : Au menu l'impréparation, le chaos et l'imprédictibilité

Publié par Berijc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au Congo-Brazzaville, l’organisation d’un grand évènement politique, administratif, économique, scientifique, sportif ou autre est souvent imprévisible, plein de désordre et de hasard. Une partie de cette complexité est devenue compréhensible grâce à la théorie du « Mboka, mboka » ou « ébonga, ébonga té, toujours meilleur ». Ceci relève de la théorie du chaos déterministe crapuleux dont s’accommodent si bien les membres du clan Sassou.

Le corollaire de cette théorie déterministe affreuse d'un cynisme schizophrénique qui relève de la mauvaise gouvernance est« Tôsa ô liya » et « Tôsa ô mbika ». Ces théories régnantes imposées cyniquement dans la société congolaise expliquent amplement les limites à la prédictibilité d'une évolution temporelle déterministe : une faible incertitude initiale donne lieu dans certains cas à une incertitude croissante dans les prévisions, et cette incertitude devient inacceptable après un temps plus ou moins long. On comprend ainsi comment le hasard et l'improvisation s'introduisent inévitablement dans la société Congolaise.

L'exemple de l’organisation à Brazzaville des 11e jeux africains est à cet égard le plus frappant. Alors, a-t-on besoin des jeux africains dans le contexte actuel au Congo ?

Cette question est sur toutes les lèvres dans la plus part des discussions entre congolais. Le Congo a-t-il besoin d’organiser les jeux africains du 04 au 19 Septembre 2015 ? Dans quel but ? Pour quel apport économique ? Est-ce que les conditions d’infrastructures énergétiques, hébergement et restauration, transport, infrastructures, équipements, matériel et embellissement, sécurité, organisation sportive, santé hygiène et lutte antidopage, administration et finances, presse, information et communication, protocole…seront-ils à point pour recevoir dignement  un tel évènement?

Les observateurs que nous avons approchés sont tous d’accords sur un point. Il règne un sentiment d’impréparation,  d’insuffisance d’implication des acteurs administratifs, de toutes les fédérations sportives congolaises et surtout un désintérêt de la population sur l’évènement. Mais surtout on voit mal à quatre mois et quinze jours de la date butoir comment le Comité d’organisation de ces jeux va combler les nombreux déficits  qui pointent déjà à l’horizon ?

Le chaos dans l’air et l’impréparation des infrastructures

Fondateur des Jeux olympiques contemporains, Pierre de Coubertin est l'homme qui proposa l’idée des Jeux africains, bien avant l’époque des indépendances en Afrique. Mais sa proposition n’avait pas vite été prise en considération. Ce n’est qu'après la plupart des indépendances que l’idée d’organiser ces jeux continentaux a été adoptée. 

Souvenez-vous lorsque les 1ers Jeux africains ont été organisés par Jean-Claude GANGA à Brazzaville en république du Congo du 18 au 25 Juillet 1965  notre pays affichait un climat économique des plus favorables. Un Climat social et politique baignant dans le positif, bref c’est dire que tous les ingrédients étaient réunis pour créer une parfaite symbiose entre le Comité d’organisation et le peuple congolais.

Avec moins de 120 millions fr CFA ( à l’époque) de budget, le Président Alphonse Massamba–Débat   offrait au Congo, les plus beaux jeux jamais organisés depuis dans notre pays.

Un retour aux sources pour la célébration d’un demi-siècle d’existence. Mais la compétition continentale n’a jamais semblé aussi fragile. Sa prochaine organisation inquiète. Surtout, son avenir apparaît aujourd’hui très incertain. Et les réponses incitent peu à l’optimisme.

Pour les jeux du cinquantenaire, le Comité d’Organisation est à la traîne et la préparation des jeux a pris un sérieux retard.

Ce qui a été déplorable dans cette prise de décision est qu’elle s’est faite avec une légèreté accablante. En amont, l’étude de faisabilité n’a pas tenu compte, en rien, des multiples paramètres existentiels. On s’est vite lancé dans une opération de séduction dictée par les experts de la Direction Générale des Grands Travaux. A-t-on pris en compte le fait d’organiser les jeux nécessite d’offrir un booster de développement très important et d'y laisser un héritage qui fait qu'à l'issue des Jeux on aura tous les équipements sportifs que peut souhaiter une nation ?

A travers l’organisation des 11ersjeux africains à Brazzaville, le clan Sassou souhaite s’offrir une vitrine et redorer l’image de dictateur en déclin de leur maître.Ainsi, Jean Jacques Bouya, le ministre de l’Aménagement du territoire, chargé de la Délégation aux grand travaux, et Léon Alfred Opimbat, le ministre des Sports et de l’éducation physique, ont vu grand, sans doute trop grand. A l’option de rénover des installations existantes, ils ont préféré celle de bâtir du neuf. Un stade de 60 000 places, présenté comme révolutionnaire pour le continent africain, dont la livraison est attendue pour le mois de juin 2015. Un palais des sports de 10 000 places, jugé sur-dimensionné par la plupart des experts africains des jeux. Deux équipements intégrés dans un vaste complexe sportif posé à Kintélé, à l’extérieur de Brazzaville, dont la construction a été confiée, sans surprise, à des entreprises chinoises.

A l’exception du complexe sportif de Kintélé qui recevra en grande partie ces jeux, les autres infrastructures connaissent un retard notable dans l’exécution des travaux. Il en est de même pour les routes dans la ville et d’accès aux différents sites retenus par le comité d’organisation.

Les travaux de rénovation du stade Massamba-Débat sont également en retard. Les deux grandes piscines olympiques ainsi que les quatre gymnases sont encore en  construction. De même que le village olympique prévu pour accueillir les athlètes dont la construction donne des signes de stagnation inquiétante. Cela n’est pas de nature à inciter les observateurs à l’optimisme. Pourtant, les opérateurs économiques et les entreprises choisies pour les réalisations de ces travaux avaient rassuré  remettre les clés de tous ces chantiers en juin au Comité d’Organisation des jeux olympique (COJA). C’est dire qu’on est parti dans un marathon dont l’issue reste semée de beaucoup d’incertitudes.

Il ne serait donc pas exagéré de dire que l’organisation balbutie et affiche des signes très inquiétants. Comment en être autrement dès lors que l’organisation a été confiée à des promoteurs véreux ayant à leur tête l’un des plus grands pilleurs du Congo : Jean Jacques BOUYA.

L’inquiétude a gagné également les sphères internationales du sport qui n’ont pas hésité à émettre un sentiment optimisme très mitigé le mois dernier (14 mars à Kigali, au Rwanda,).

Comment vont-ils faire pour résoudre l’épineux problème du déplacement des officiels, des délégations et des visiteurs sur les différents sites et à Kintélé ? Ce qu’ils n’ont jamais réussi à faire en 17 ans ? Serait-ce l’annonce de l’arrivée des 100 bus destinés, à ce jour, à désengorger la circulation chaotique de Brazzaville, qui seraient substitués pour l’évènement ? Est-elle crédible cette hypothèse ? On apprend que les fonds feraient défaut pour commander des nouveaux.

Excepté l’épineux problème des bus, mais on note également comme le dit Diamil Faye, le patron de la société Jappo Sports & Entertainment,:« Plusieurs questions n’ont pas encore été abordées par le comité d’organisation, dont celles du transport, de l’hébergement et des sites d’entraînement.  La procédure d’accréditation pour les médias n’a pas débuté. La communication de l’événement est encore inexistante. »

Pourtant les fonds pour cet événement ont été largement alloués aux entreprises qui réalisent les travaux. Pourquoi, à ce jour, aucune entreprise n’est interpellée pour donner les raisons de ce retard gravissime. Serait-ce encore ces opérateurs véreux, disant ces spécialistes des « éléphants blancs de la municipalisation accélérées » qui seraient en tête de ces marchés ? Nous ne le dirons jamais assez la confusion entre la gestion de l’état et les affaires d’une épicerie familiales n’est pas de nature à assurer le bon fonctionnement d’un pays

L’impréparation des athlètes congolais

Les congolais auront au mois de septembre 2015 certainement la joie d’apprécier la beauté du complexe sportif de Kintélé. Par contre, ils vont revivre l’amateurisme qui caractérise la préparation des athlètes du pays.

A travers les 11emes jeux de Brazzaville, les athlètes congolais vont s’illustrer, se baigner, une fois de plus, de façon récurrente dans un environnement caractérisé par l’amateurisme et la mauvaise organisation, incompatibles avec le sport de haut niveau. A n’en point douter, les congolais vivront en live la débâcle de leurs athlètes.

Selon des sources concordantes au sein du ministère des sports et de l’éducation physique, les fédérations sportives nationales se plaignent du retard accumulé dans le déblocage des fonds destinés à la préparation technique de leurs athlètes.

Au fur et à mesure que l’échéance approche, le pessimisme gagne de plus en plus le Comité national Olympique et sportif congolais (CNOSC) et les associations affiliées car les chances de gagner le maximum des médailles s’amenuisent davantage pour les athlètes congolais. Ces derniers rencontrent d’énormes difficultés dans leur préparation.

A quatre mois du coup d’envoi de la compétition, rien ne rassure dans la préparation technique des athlètes, ont reconnu les fédérations retenues pour les Jeux africains. Le manque de financement est en train de prendre le dessus sur l’envie de glaner les médailles.

Réuni le 11 avril 2015 en assemblée générale extraordinaire, certaines fédérations ont détaillé le travail déjà effectué avec le peu d’argent qu’elles ont reçu de l’Etat. D'autres fédérations par contre n’attendent que ce financement pour débuter le travail. Les fédérations de la Natation, le Volley-ball, le Handball et la Pétanque n’ont rien reçu de la préparation des athlètes. De même, il manque des titres de transports pour fortifier la préparation des athlètes.

Globalement, il y a un chaos qui se dessine dans la préparation des athlètes congolais pour les 11èmes jeux africains. La fédération de cyclisme, manque de vélos, le badminton manque de salle de préparation, la natation manque de bassin d’entraînement, la gymnastique manque de matériel. A cette allure, le Congo n’est pas loin de revivre les contre-performances des 14emes championnats d’Afrique d’athlétisme au cours desquels l’unique médaille de bronze glanée par Moussamboté a été fêtée comme de l’0r.

Présenté comme le nerf de la guerre, l’argent manque. Avec un tel état des lieux, difficile de croire aux miracles.

Le déficit de gouvernance du pouvoir Sassou nuisant gravement à la crédibilité du pays et n’incite pas les meilleures athlètes du continent à s’engager dans une opération sportive sur laquelle pèsent des tensions politiques  palpables.

Depuis l’an 2000, le pays accuse un déficit énergétique qui est la source des délestages devenue le lot quotidien des congolais. Les coupures d’eau courante transforment la capitale congolaise en une ville des« Bidons jaunes » couleur des bidons permettant les populations de recueillir de l’eau dans des puits de fortunes installés ici et là.

On se demande à qui profite les milliards sortis des caisses de trésor public ? Au peuple congolais ou au Clan sassou ?

De plus, quelles retombées peuvent attendre d’un évènement dont les vautours de la république qui se sont déjà redistribués les milliards de FCFA et les populations longtemps maintenues dans une Chappe de plomb continueront à vivre dans la misère sociale et la pauvreté ? Comment ne pas comprendre aujourd’hui les interrogations suivantes : Nous ne mangeons pas à notre faim, nous manquons d’un minimum requis pour vivre, se soigner, nous n’avons pas de travail, nous et nos enfants ne sont pas soignés comme ils se devraient…

Dans cet environnement malsain où règnent l’imposture, la dispute et l’arrogance des cadres du ministère des sports et ceux de la direction générale des grands travaux, il n’y a aucune place pour une vision à court et long terme ou une planification dans la préparation des athlètes congolais.

En conséquence, tout est improvisation. Nul ne peut vous dire, par exemple, comment se préparent les athlètes congolais pour gagner le maximum de médailles. Il ne faut pas se leurrer car la préparation des athlètes congolais est sacrifiée sur l’autel de l’incompétence et de l’amateurisme de nos dirigeants politiques et administratifs. Pour camoufler leurs carences managériales aigües, ils rejetteront la faute aux athlètes.

Cette impréparation chronique des athlètes congolais est une caractéristique de l’amateurisme dans laquelle baigne l’ensemble des disciplines sportives de notre pays. 

Sassou à la poursuite du crédit de Massamba–Débat ?

Du 18 au 25 Juillet 1965, les 1ers jeux africains furent organisés à Brazzaville sous la Présidence de Massamba-Débat, un évènement historique dans un continent sortant tout juste de la colonisation. Mais surtout dans un jeune Etat qui affichait une croissance économique positive. Tous les indicateurs économiques, selon les sources internationales et les membres du Comité internationale Olympique, étaient au vert. Le pays vivait dans une paix sociale et l’engouement du peuple accompagnait avec liesse et fierté les avancées des infrastructures jusqu’à leur aboutissement glorieux en juillet 1965. Faisant ainsi honneur à l’idée de Pierre de Coubertin qui proposa le Congo comme premier pays organisateur.

Tapis dans son esprit mesquin, cupide et revanchard, Sassou Nguesso s’est mis dans la tête d’organiser les 50emes jeux africains là où ils avaient commencé. Ceci pour se donner un semblant de crédit pour un pouvoir totalement désavoué tant sur le plan national qu’international. Sassou croit fermement finir son piteux règne sur une note favorable. Seulement, n’a-t-il pas mit la barre haute ?

Seulement le Congo de 1965 n’est pas le Congo de 2015. Les entreprises, fleurons de l’économie congolaise : SOTEXCO, CFCO, IMPRECO, CIDOLOU, SUCO, etc… ainsi que l’administration congolaise fonctionnaient en parfaite cohésion avec le peuple dans la transparence, l’efficacité, le rendement bref, simplement le goût del’excellence au sommet de l’Etat.

Or qu’avons-nous reçu avec les années SASSOU au pouvoir : Le règne du clanisme à outrance, le vol et la corruption érigés en mode de gouvernance, une sélection par la médiocratie, bref nous récoltons la descente en enfer des entreprises fleurons de l’Etat, la perversion des mentalités, le culte de la personnalité. Le Congo, un pays d’avant-garde en 1965, devient un pays abîmé, disloqué tirant le diable par la queue en 2015

Le Congo de Sassou, c’est un pays divisé. Le constat est alarmant et très inquiétant. C’est une société congolaise fragmentée en mal d’ambition collective qui se dessine chaque jour en creusant progressivement une atmosphère soupçonneuse et désarmante. Cette situation, connue de tous,  provoque aujourd’hui un sentiment de repli sur soi, une volonté manifeste de se protéger de l’autre avec en toile de fond un sentiment sous-jacent d’injustice. Ce Congo de 2015 est–il comparable à celui de 1965 ? Pourtant le Congo de 2015 serait 60 fois plus riche qu’en 1965.

Alors a-t-on besoin des jeux olympiques dans le contexte actuel au Congo ?

 

Jean-Claude BERIcontact@dac-presse.com

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