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DAC - le portail d'information de l'association Développer Autrement le Congo (DAC).

15 Jun

Congo-Brazzaville : En finir avec le fétichisme congolais qu’est la réunionite

Publié par Berijc

Du 31 Mai au 11 juin 2014, « la crème de l’opposition congolaise » s’est donnée rendez-vous à Lyon et à Paris pour dépoussiérer nos cultures ancestrales ancrées sur des discussions sans fin afin semble t-il de redynamiser une opposition amorphe, aphone, inaudible, laxiste, etc.

De quoi méditer sur un excès de politique induisant sans doute une impuissance du politique à régler des problèmes importants affectant la société congolaise.

La multiplication des réunions est-elle une impuissance du politique ?

Déjà avant ces rencontres,  les dissensions prévalaient au détriment de l’objectif principal : le Non à la modification constitutionnelle et le départ de Mr SASSOU.  Nos vieux tars resurgissent à chaque fois qu’un groupe essaye d’émerger du lot. Oubliant tout de cette même tradition qui nous enseigne « qu’il y a un temps pour palabrer et un autre pour trancher ». Le Congo se fissure, marqué par la difficulté des politiques à résoudre la crise nationale. Derrière la posture « d’opposition », on peine à tracer un chemin commun devant interpeller tous les congolais prisonniers du pouvoir hégémonique du PCT et SASSOU. Nous retombons sur les mêmes travers tant décriés : Manque de vision, manque d´ambition, manque de grand dessein collectif

La multiplication des réunions politiques à la congolaise ont montré une dispersion des énergies à un point tel qu’on se demande si les impuissances du politique ne s’expliquent pas par un foisonnement de gens épris de quelques miettes de notoriété, gloire et pouvoir. La personnalisation de la politique est un phénomène récent mais bien cerné. La personnalisation, c’est autant la mise en scène et en intrigue des grandes figures que la montée en puissance de figurants de tous bords, prêts à défendre n’importe quelle cause, du moment qu’ils peuvent se la jouer en causant dans des petits cénacles, voire plus si affinité des médias et des masses. La politique serait-elle comme l’art, 10% d’inspiration et 90% de transpiration selon Picasso, autrement dit, la politique, 10% de choses sérieuses et le reste, des futilités, des postures, des caprices, des bavardages, des réunions et bien évidemment un peu de transpiration sous les projecteurs de 1000 watts.

Ce n’est pas une division idéologique qui est observée mais l’on est plus dans la politique de « ôte-toi de là que je m’y mette.» On y trouve de tout des fanfarons aux injecteurs de venins verbaux creux, des pseudos-prophètes à la science infuse aux clameurs de « il faut bouffer du Nordiste », des militaires semi-retraités distillant le venin d’une guerre de revanche aux illusionnistes sécessionnistes… Tout y passe.

Nous avons vécu deux semaines de propos indigestes d’un côté et des discours rassembleurs de l’autre. Si notre démocratie est incapable d'assurer le bien-être collectif, d'assurer la croissance et à travers elle, l'emploi, les gens iront chercher des solutions alternatives. Et souvent c’est dans l'extrémisme, le fanatisme ou le communautarisme qu’ils tombent malheureusement. Dans tous les cas, c'est une remise en cause profonde du lien social et du lien démocratique. Avec une montée en filigrane de l'individualisme et du clanisme. Nous sommes dans une société congolaise malade et si on n'est pas capable de la guérir, la démocratie risque de mourir.

Nous avons entendu partout la même allégresse intérieure qui s'apparente à des perles :  « Sassou dehors », « Sassou assassin », «  Sassou voleur »…

Mais qui est plus assassin entre celui qui veut envoyer le peuple au casse pipe sans lui dire pourquoi ni encore comment combattre ? Entre celui qui récuse l’hégémonie nordiste et prône en même temps la scission du pays ? Entre ceux qui prônent une alternance en 2016 mais se divisent sur le contenu et la forme de l’alternance avant même qu’elle est lieu ? Entre ceux qui prônent les Etats généraux de la nation et les extrémistes du «on ne peut pas s’asseoir avec le PCT »… Dans cette cacophonie, le prêtre y perdrait son latin.

Cessons de jeter l’opprobre sur nous-mêmes, l’opposition s’en sortira dès qu’elle aura compris qu’il faut jouer ensemble en harmonie entre les défenseurs et attaquants.

La politique, c’est un moyen pour se donner une contenance.

Toutes ces réunions sont les bienvenues et nous les saluons car c’est comme cela que jaillira la petite étincelle qui grandira au fur et à mesure pour faire un grand feu. On ne doit pas avoir peur d'affronter le réel, de débattre de tout, de manière ouverte. Dans un débat bien construit, intelligent, nourri et renseigné, le bien doit l'emporter sur le mal. L'idée du politiquement correct selon laquelle il y'a des choses dont il ne faut pas parler est une erreur dangereuse. En faisant cela, on élude certains débats qui existent et qu'il faut avoir. C’est pourquoi ces réunions ne doivent pas être biaisées et doivent être le lieu idéal pour l’éclatement du pouvoir de la réflexion.

La boulimie du pouvoir est un virus bien partagé par beaucoup d’entre nous. Elle prend diverses formes tantôt nordistes tantôt sudistes ou simplement communautarisme. De 1959 à ce jour, le débat politique au Congo a toujours pris cette connotation dont certains politiques ont du mal à se défaire et se délectent pour tenter de maintenir le statu quo actuel tant décrié par les Congolais. C’est ce qui explique que, l’extrême richesse du sol ou du sous-sol congolais ne profite nullement aux populations, mais est livrée aux intérêts égoïstes et mafieux d’un clan. Ces fossoyeurs d’un Congo prospère et uni, englué dans des groupuscules mafieux, font tout pour que le chaos s’inscrive dans la durée pour en tirer bénéfice.

Si nous voulons l’alternance, commençons par combattre notre propre hypocrisie. Acceptons d’être indexés par nos propres concitoyens lorsque ceux-ci estiment que la route empruntée conduit vers une impasse. N’ayons pas seulement la critique facile, mais œuvrons pour une réflexion enrichissante mais surtout constructive. Le congolais souffre d'une dépression collective. Il ne croit plus en lui, ne s’aime plus, n'a plus de fierté et rejette souvent  les autres par rejet de soi. Pourtant les signes sont là pour renouer avec des principes essentiels. Par exemple en soi, se dire qu'il est possible d'apprendre, de progresser, de changer, d’aimer son pays et l’autre. Mais l’essentiel, c’est de comprendre que l’alternance démocratique tant souhaitée en 2016 puisse être une exigence, voire une priorité nationale, c’est parce que le politique au pouvoir ne bouge pas (et a déçu le peuple) et ne se repositionne pas dans son rapport avec la société congolaise dont il a abusé. C’est le message que j’essaie de faire passer. Il y a une mal politique au Congo comme il y a une misère sociale (une mal bouffe), un chômage et une pauvreté de masse. C’est ce qui transparaît depuis des années et devient évident à l’occasion des élections à venir.

Les propos démagogiques et souvent personnifiés traitant les uns et les autres  de visionnaires aveugles ou de rêveurs affamés n’y ont plus droit de cité. Ce business de la réunionite et le nombrilisme de l’opposition congolaise, si l’on ne rectifie pas très vite le tir, continueront à semer  les grandes détresses dans notre pays. Un pays, on ne le dira jamais assez, marqué par le pouvoir personnel, la caporalisation des masses, l’enrichissement illicite et l’impunité.

Dix sept ans près le coup sanglant porté à la jeune démocratie congolaise par Sassou Nguesso et ses sbires, l’opposition congolaise marque un pas dans la construction d’un idéal commun. On n’est pas encore sorti du champ d’idée ruineux et couvert de gravats, mais les prémices d’une guérison mentale sont là. Seulement ils devront composer avec ces oubliés de la démocratie, qui aujourd'hui et depuis bien trop longtemps occupent le triste rôle du bouc-émissaire dans l'échiquier politique.

Nous ne le dirons jamais assez, s’opposer systématiquement au système SASSOU ne suffit plus, n’est pas tenable du point de vue politique. Ou encore miser sur le discrédit du PCT n'assurerait ni la crédibilité de l’opposition, ni sa capacité réelle à moderniser demain le pays. Pour incarner une alternative forte et crédible, il faut commencer à bâtir un projet qui démontre que l’on possède d’autres solutions que celles qui sont mises en œuvre par le régime que l’on combat. L'impératif d'une démarche cohérente d’ensemble, la modernisation et la rectification  du cadre électoral, la libération des énergies militantes, l'amélioration du mode de communication et surtout la visibilité et l’acceptation  par le peuple d’un projet de société les impliquant  sont autant d'enjeux qui doivent interpeller l’opposition congolaise et toutes les forces du changement.

En Conclusion, sans une discussion politique inter-congolaise, il n’y aura pas d’alternance. L’alternance suppose l’acceptation d’un dialogue ou Etats généraux, peu importe, qui clarifiera les points suivants :

- Instauration d’une transition démocratique de cinq ans qui aura pour mission :

* De redéfinir les contours économiques du pays. (état de lieu de l’économie)
* Redéfinir et réorganiser l’armée congolaise et toute la force publique
* Réhabiliter l’école publique
* Redéfinir un plan des structures de santé et une politique de santé pour tous
* Réaménager le plan énergétique du pays
* Mettre en place l’observatoire et une politique de prévention des catastrophes naturelles
* Réorganiser le cadre juridique des partis politiques, rétablir l'autorité de l'Etat et une politique cohérente contre l'impunité, la corruption, les passe-droits...
* Statuer sur les futures institutions juridiques et constitutionnelles
* Revoir de fond en comble la loi électorale et le découpage électoral
* Préparer et organiser les futures élections démocratiques.

Dites cela au peuple, il vous suivra car il comprendra que le refus de cette alternance signifiera aussi le refus du renouvellement de la classe politique congolaise et donc un affront et une violation de la liberté. C’est pourquoi il faut espérer qu’au-delà de la paix, la volonté manifeste d’aller vers un dialogue inter-congolais conduit rapidement à l’alternance démocratique vraie avant toute autre opération. Nous pensons que les consciences se réveillent et que les priorités se dessinent progressivement. Notre combat est de redonner un sens à la République avec des institutions fortes, une politique économique ambitieuse et des projets d'avenir pour les futures générations.

L’ensemble des forces de l’opposition actuelle doit se dire que c’est tout excès de politique qui nuit à la politique. Cette pratique de la politique qui cherche à englober la totalité des existences humaines, se mêlant de culture, de santé, de tas de choses que des citoyens éclairés, bien dans leur tête, déterminés, pourraient régler eux-mêmes avec sagesse et raisons. Mais les gouvernants actuels ne jouent pas le jeu de la République. Qu'ils sachent qu'en chaque citoyen règne un républicain honnête et un insupportable lobbyiste pour qui la politique doit défendre ses intérêts et satisfaire ses lubies. Le grand bouleversement attendu en 2016, ce sera quand les congolais et congolaises passeront du stade politique au stade spirituel et universel. A moins qu’ils ne puissent effectuer cette transition, auquel cas les changements recherchés par toute la société congolaise du futur ressembleront à un recul des années rétrogrades décriées ou coloniales.

JC BERI, Contact@dac-presse.com

 

 

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